Cannabis et grossesse ne font pas bon ménage

Prendre du cannabis quand on est enceinte peut augmenter le risque d'accouchement prématuré, de faible poids à la naissance, et influence vraisemblablement le développement neuropsychique de l'enfant. Une information à partager avec les patientes, avant même toute grossesse.
La consommation de cannabis augmente à mesure que de nombreux pays légalisent la marijuana et certaines femmes enceintes y ont recours pour atténuer le stress, l'anxiété, les nausées, les vomissements et la douleur. Ce qui n'est pas sans inquiéter les spécialistes sur les conséquences potentiellement négatives de cette exposition prénatale sur l'enfant à naître.
Une méta-analyse portant sur 16 études et près de 60.000 patients (1) montre que les femmes exposées à la marijuana pendant la grossesse présentent un risque nettement plus élevé de conséquences néonatales défavorables. Greg Marchand et al (USA) ont en effet constaté qu'elles étaient plus de deux fois plus susceptibles d'avoir un bébé de poids de naissance inférieur à 2.500 g ; 1,61 fois plus susceptibles d'avoir un enfant petit pour l'âge gestationnel (<5e percentile du poids du foetus) ; 1,28 fois plus susceptibles d'accoucher prématurément (avant 37 semaines de gestation)...
Pour les auteurs, il existe désormais un niveau de preuve très élevé "pour affirmer que fumer de la marijuana pendant la grossesse est nocif, et nous, médecins, ne pouvons plus dire que nous 'ne savons pas'. Cela signifie que fumer du cannabis pendant sa grossesse, c'est aussi faire quelque chose qui peut nuire à son bébé".
"Nous ne disposons pas encore de données permettant de dire dans quelle mesure il faudrait réduire la consommation pour diminuer significativement le risque, mais il faut viser une consommation aussi faible que possible", estime Greg Marchand. Voilà pourquoi il est opportun d'en parler avec les patientes avant qu'elles ne tombent enceintes pour les conseiller sur les effets indésirables potentiels de cette consommation et éviter d'y exposer le foetus.
Hypothéquer le futur?
Il est plus délicat d'établir un lien avec les troubles du développement et du comportement des années plus tard, mais le doute existe. Ainsi, la revue Prescrire (2) vient d'alerter sur la consommation de cannabis au cours de la grossesse et le risque de troubles du spectre de l'autisme chez l'enfant à naître. Elle réfère ici à une vaste étude canadienne réalisée par Daniel Corsi et al. qui ont fait une analyse rétrospective des 500.000 naissances survenues en Ontario, entre avril 2007 et mars 2012. (3)
Les résultats montrent une association entre la consommation de cannabis par la mère pendant la grossesse et l'incidence des troubles du spectre autistique chez la progéniture (4,00/1.000 années-personnes chez les enfants exposés, contre 2,42 chez les non exposés).
"L'incidence de la déficience intellectuelle et des troubles de l'apprentissage était plus élevée chez les enfants des mères ayant consommé du cannabis pendant la grossesse, bien que moins robuste sur le plan statistique", expliquent les auteurs en précisant qu'il ne s'agit que d'une association et non d'une relation de causalité. Ils rappellent néanmoins qu'à l'heure où la consommation de cannabis à des fins récréatives est désormais légale au Canada et plus acceptée socialement, cela ne veut pas dire qu'il est sûr d'en consommer pendant la grossesse ou l'allaitement.
"En pratique, il existe des incertitudes concernant les effets à long terme sur le développement neuropsychique des enfants exposés au cannabis, comme avec de nombreux psychotropes, mais un risque accru de troubles du spectre de l'autisme est vraisemblable", conclut Prescrire en invitant les professionnels à partager cette information utile avec les femmes, avant même la possibilité d'une grossesse.
1. JAMA Netw Open, 27 janvier 2022
2. Rev Prescrire 2022 ; 42(461): 191-2
3. Nature medicine 2020 ; 26: 1536-40
Chiquer contre la prématurité
Et si la prévention des naissances prématurées passait par la santé bucco-dentaire? Le lien entre une bonne hygiène buccale de la femme enceinte et la réduction du risque de naissance prématurée a en effet déjà été démontré par plusieurs études. Malheureusement, le détartrage et le curetage dentaire ne se sont pas révélés efficaces pour prévenir les naissances trop précoces.
Une équipe américaine vient cependant de découvrir un moyen simple et peu coûteux pour améliorer la santé bucco-dentaire tout en réduisant les naissances prématurées: mâcher quotidiennement du chewing-gum au xylitol avant la grossesse ou au début de celle-ci (avant 20 semaines). Le xylitol, présent dans les fruits et légumes, est couramment utilisé comme substitut du sucre dans les gommes à mâcher.
Cette étude a été menée sur une période de 10 ans auprès de 10.069 femmes du Malawi, pays qui compte le plus grand nombre de naissances prématurées au monde. Dans le groupe témoin, les participantes ont reçu une éducation en matière de santé périnatale et bucco-dentaire. Dans l'autre groupe, elles ont reçu la même éducation sanitaire et on leur a demandé de mâcher un chewing-gum au xylitol pendant 10 minutes, 1 à 2 fois par jour, tout au long de la grossesse.
Chez les 9.670 participantes contactées pendant les 6 années de suivi, les résultats ont montré une réduction significative des naissances prématurées parmi celles qui ont mâché du chewing-gum au xylitol (12,6% contre 16,5%), ainsi qu'une diminution du nombre de bébés de faible poids à la naissance (2.750 g ou moins) (8,9% contre 12,9%).
"Ce qui est unique dans notre étude, c'est que nous avons utilisé un moyen facilement disponible, peu coûteux et agréable au goût pour réduire le risque qu'un bébé naisse trop tôt ou trop petit", se réjouit l'auteure principale de l'étude, Kjersti Aagaard (Houston).
Reste à mener des études dans d'autres régions du monde, afin de déterminer si cette intervention est efficace dans des contextes où le fardeau des naissances prématurées est moins lourd.
Am J Obst Gyn (AJOG) janvier 2022