PremiumLe journal du médecin

Pharmacien d'officine: l'autre pénurie de la pharmacie

photo

Évolution du métier, horaires, salaires, fatigue post crise sanitaire... Le métier de pharmacien d'officine n'attire plus alors qu'en facultés de pharmacie, on se bouscule toujours au portillon.

20 octobre 2022

"Cette pénurie est interpellante et ne cesse de s'accentuer. Nous avons de plus en plus d'étudiants inscrits en première année de pharmacie, avec un vrai bond depuis 2-3 ans: on est à environ 350 étudiants en Bac1, c'est énorme! Alors qu'en France, ils ne parviennent plus à avoir leur quota d'étudiants en pharmacie, chez nous, c'est l'inverse et, depuis le covid, on a tous observé une augmentation des inscriptions. Logiquement, la profession devrait saturer à un moment donné or, ce n'est pas le cas! ", constate la Pr Brigitte Evrard, présidente du Département de pharmacie à l'ULiège.

Elle avance quelques explications: " Plus d'étudiants s'orientent vers une profession autre que l'officine ouverte au public (il y a 5 ans, 80% de nos étudiants se retrouvaient en officine). Pour l'année académique 2021-2022, nous avons diplômé environ 80 étudiants dont 10% se sont orientés vers la spécialisation en hôpital, 7% vers l'industrie, 2-3 en biologie clinique et 10% vers la recherche (doctorat). Ces chiffres n'expliquent donc pas non plus la pénurie. Par ailleurs, la tendance actuelle est de ne plus travailler à temps plein en officine, les jeunes passent vite à 4/5e. Enfin, la profession évolue beaucoup pour le moment et certains pharmaciens plus âgés prennent leur retraite plus tôt, ils n'ont plus envie de s'impliquer, d'apprendre à faire des vaccins... "

Pour attirer les étudiants, nous vendons l'idée des débouchés multiples, il ne faut donc pas s'étonner qu'ils ne se dirigent pas vers l'officine...

" Une autre analyse que j'ai faite avec des collègues français où le problème se pose avec encore plus d'importance, c'est que les heures d'ouverture d'une officine sont en augmentation. En France, il n'est pas rare d'ouvrir de 8 h à 20-21 h. Un pharmacien employé à 40h/semaine ne suffit plus pour couvrir toutes ces heures, il faut donc plus de pharmaciens... ", précise-t-elle.

Multiples débouchés

" Aujourd'hui, quand on demande à un étudiant ce qu'il va faire l'année prochaine, il s'envisage dans d'autres métiers que la pharmacie d'officine, alors qu'autrefois pas mal rejoignaient l'officine. Bien sûr il y a ceux qui font les circuits classiques (industrie, hôpital ou clinique, biologie, doctorat), mais de plus en plus trouvent des jobs dans d'autres débouchés ", fait observer le Pr Emmanuel Hermans, doyen de la Faculté de pharmacie à l'UCLouvain.

" Le pharmacien d'officine n'attire plus, est-ce un problème d'image? Pour attirer les étudiants, nous vendons nous-mêmes l'idée des multiples débouchés possibles, il ne faut donc pas être surpris qu'à la sortie beaucoup ne font pas forcément l'officine... Les inscriptions en faculté de Pharmacie ne montrent pas de désamour: on est passé de 200 à 300, puis 400 l'année passée et à 500 cette année: c'est énorme mais l'examen d'entrée en médecine a fait des dégâts dans la mesure où il y a environ 100 étudiants en moins en 1ère médecine à l'UCLouvain. Ils sont donc chez nous! "

En 2022, l'UCLouvain a diplômé 117 pharmaciens. " Nous formons d'abord des scientifiques et on en est fier. On manque de pharmaciens sur le marché du travail dans tous les domaines d'activité: comme emploi, c'est le maître achat! Je ne connais pas de pharmaciens au chômage! ", ajoute-t-il.

Besoins accrus

Même son de cloche à l'ULB où le nombre de diplômés est stable ces 5 dernières années. " On a diplômé 63 pharmaciens en 2022 et on peut s'attendre à une augmentation dans 3 à 4 ans vu la forte croissance du nombre d'étudiants en BA1 depuis deux ans (ce nombre a quasi triplé en 5 ans), avec pas mal d'étudiants français (30 à 40% ces deux dernières années). On estimait que 80% des étudiants allaient en officine, mais je ne sais pas si ce chiffre est encore correct ", analyse la Pr Stéphanie Pochet, doyenne de la Faculté de pharmacie à l'ULB.

" Des pharmaciens d'officine expliquent cette pénurie par les conditions de travail qui n'attirent plus (horaires, gardes...). Je pense également qu'il y a plus de besoins qu'auparavant à cause des temps partiels mais aussi des différents services proposés en officine. Enfin, les pharmaciens ressentent une grande fatigue après le covid et peut-être que cela décourage les étudiants qui font leur stage en officine. Malgré cette pénurie, quand on engage un pharmacien, il faut vérifier le diplôme. C'est très important pour maintenir la qualité ", souligne-t-elle.

" Une denrée rare "

" En 30 ans, je n'ai jamais vu si peu de candidats pour travailler en officine, explique Emmanuelle Servais, directrice des pharmacies Servais. Avant, à la sortie de l'université, les jeunes signaient rapidement, maintenant, ils voient plusieurs employeurs potentiels et comparent les conditions salariales, les horaires... "

" Il y a pénurie de pharmaciens d'officine parce que la plupart des jeunes sont attirés par l'hôpital et l'industrie qui ne demandent actuellement plus de diplômes supplémentaires (faute de trouver des profils, ils revoient leurs critères d'admission), et où les horaires et les salaires sont plus intéressants. On ne pourra jamais être compétitifs sur les horaires parce que le pic de fréquentation en officine est toujours après 16 h et on n'est pas concurrentiel sur les rémunérations parce que nos chiffres d'affaires n'augmentent pas en fonction de l'inflation, il est donc difficile de payer davantage les collaborateurs ".

Emmanuelle Servais plaide donc pour une revalorisation du métier de pharmacien d'officine: " Il faut que nos salaires deviennent hypercompétitifs par rapport aux autres secteurs (hospitalier et industrie) et donc probablement encore travailler sur la marge et le revenu du pharmacien ".

" Je veux absolument participer à la campagne de vaccination, assure-t-elle. Les pharmaciens sont épuisés, mais malgré tout, ils ont envie de collaborer, ils se rendent compte que cela valorise leur métier. Je sais que la plupart des pharmacies n'ont pas assez de ressources humaines pour pouvoir le faire. Comme les équipes sont bien serrées chez nous et qu'on est en pleine recrudescence des pathologies hivernales, j'ai engagé deux médecins qui vont se consacrer à la vaccination "

Wat heb je nodig

Accès GRATUIT à l'article
ou
Faites un essai gratuit!Devenez un membre premium gratuit pendant un mois
et découvrez tous les avantages uniques que nous avons à vous offrir.
  • accès numérique aux magazines imprimés
  • accès numérique à le Journal de Médecin, Le Phamacien et AK Hospitals
  • offre d'actualités variée avec actualités, opinions, analyses, actualités médicales et pratiques
  • newsletter quotidienne avec des actualités du secteur médical
Vous êtes déjà abonné? 

En savoir plus sur

Partagez votre histoire (d'actualité)

Vous avez des informations pertinentes pour nos rédacteurs ? Partagez-les avec nous via ce formulaire.

Signalez-nous des nouvelles
Magazine imprimé

Édition Récente
16 juin 2026

Lire la suite

Découvrez la dernière édition de notre magazine, qui regorge d'articles inspirants, d'analyses approfondies et de visuels époustouflants. Laissez-vous entraîner dans un voyage à travers les sujets les plus brûlants et les histoires que vous ne voudrez pas manquer.

Dans ce magazine