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Une passion pour le muscle cardiaque

Chef de clinique adjoint en chirurgie cardiaque à l'Hôpital ULB-Erasme, le Dr Frédéric Vanden Eynden opère pratiquement au quotidien le muscle cardiaque, ses artères et ses vaisseaux, dont les anciens pensaient autrefois qu'il était le siège de l'âme au départ, puis de la vie.

Thierry Goorden - 21 septembre 2012

Ce n'est pas la chirurgie en tant que telle qui l'intéressait, il a toujours été passionné par ces fluides qui vont et qui viennent dans le corps humain. Il y a une physique là derrière qui l'intriguait. Et donc travailler sur la pompe cardiaque est devenu progressivement pour lui un véritable défi scientifique, mais aussi à titre personnel. " C'est un très beau défi, insiste-t-il. C'est un peu plus simple que de comprendre le cerveau. Moi je pense que c'est à notre portée pour l'instant de démasquer absolument tous ses aspects, c'est ce qui est en train de se faire actuellement. Un peu paradoxalement, alors que les anciens pensaient autrefois que c'était le siège de la vie, le c£ur est en train de devenir l'organe le plus simple à remplacer par une mécanique, étonnamment ".

Une tour d'ivoire

Chirurgien cardiaque à l'Hôpital Erasme, le Dr Frédéric Vanden Eynden essaye de faire, dit-il, honnêtement et consciencieusement son métier. Chaque intervention est en effet une nouvelle opération à laquelle, avec l'ensemble de son équipe, il se prépare méticuleusement pour effectuer, chaque seconde, le geste parfait. Rencontre avec un homme qui a su, malgré le prestige qui l'entoure, rester modeste.

Un cauchemar

Reste que, parfois, les choses se passent mal car certaines opérations lourdes sont techniquement difficiles à réaliser. " Quoi qu'on fasse, il y a 1 % de mortalité. Si on opère un patient de 30 ans, même avec une pathologie cardiaque la plus simple, il y a une chance sur 100 qu'il meure, il faut le savoir. Je leur dis toute la vérité : mes patients et les proches sont toujours informés de ce qui va se passer. Les gens acceptent tout, pour autant qu'on leur explique ce qui s'est passé et qu'ils soient informés. La pire des choses, avec la famille, c'est de venir les voir pour la première fois après une opération qui s'est mal passée, sans avoir jamais eu de contact au préalable. C'est très mal vécu. Si, au départ, on va les voir, même si l'opération ne s'est pas déroulée comme on l'aurait voulu, qu'il s'en est suivi une hémorragie ou qu'il y a eu une infection, ils l'accepteront mieux ".

L'échec

Penser à l'échec avant même l'opération, c'est déjà se mettre sur la mauvaise piste, nous disait le Pr Didier de Cannière qui fut un modèle. Le Dr Vanden Eynden a un autre abord des choses. " L'échec, oui, j'y pense. On est faillible et cela fait partie de ce métier : 0 % d'échec, ça n'existe pas. Chaque patient décédé est un échec et cela me fait de la peine. Ceci dit, on ne part jamais perdant, et on le dit au patient : quand on opère, c'est toujours pour améliorer la survie et la qualité de vie mais il arrive fréquemment qu'on soit mis au pied du mur, comme dans toute technique opératoire difficile, et il nous faut alors affronter les difficultés. En chirurgie cardiaque, chaque opération est une nouvelle opération. Les gens nous demandent souvent si l'on ne répète pas toujours les mêmes gestes, sur les valves et les coronaires ? Chaque fois que j'opère un patient du coeur, je trouve quelque chose de différent ; chaque fois j'améliore ma technique et cela continue. On doit vraiment être amené, à chaque seconde, à tenter de faire le geste parfait et savoir que tout geste reste perfectible ".

Un travail d'équipe

En salle d'op, c'est une véritable équipe multidisciplinaire qui s'active autour du patient : le chirurgien est assisté d'un(e) assistant(e), d'un instrumentiste, d'un anesthésiste, d'un assistant anesthésiste, sans oublier l'infirmier perfusioniste, les techniciens... " C'est un travail d'équipe. Seul on n'y arrive pas. Il faut que la personne en face de nous soit compétente, tous les autres aussi. C'est vraiment devenu un continuum de soins. Tout le monde est important ".

Des dragées

Frédéric Vanden Eynden a gardé de bons souvenirs de certains de ses patients. " En particulier d'une jeune fille de 18 ans qui était mourante, suite à une embolie pulmonaire, et que j'ai opérée. Il se fait que ce jour-là un chirurgien américain, ainsi que le professeur Louis Labrousse de Bordeaux, étaient venus voir le fameux robot Da Vinci que nous utilisons à Erasme. Lorsqu'on m'a monté cette jeune fille mourante, ils m'ont dit tous les deux : " tu es courageux mais elle va mourir ". Six mois plus tard, j'ai appris par sa mère qu'elle était enceinte. C'est une jeune femme qui va tout à fait bien. Je me souviens aussi d'un jeune homme qui était sur une liste d'attente pour transplantation, car il avait une cardiopathie de stade terminal, chez qui j'ai réalisé une réparation mitrale avec pontages. On a reçu des dragées, il a eu aussi un enfant ".

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