Microbiote et affaires de coeur
On n'en finit plus de parler du microbiote intestinal. On utilise désormais ce terme au lieu de celui de flore bactérienne digestive. Il est devenu évident que ses relations métaboliques et immunologiques avec l'organisme sont multiples et peuvent contribuer à un état de santé normal ou pathologique. Il exerce même une influence indirecte sur la santé cardio-vasculaire via l'obésité et les risques qu'elle entraîne. Mais de là à considérer que ce " nouvel organe " exerce une influence directe sur la santé cardiaque, il y a un grand pas, qui semble pourtant pouvoir être franchi.
Un métabolite athérogène
Des études métaboliques avaient déjà suggéré qu'un métabolite athérogène, le TMAO ou triméthylamine-N-oxyde, pouvait être formé à partir de certains aliments riches en triméthylamines (choline, phosphatidylcholine, carnitine). Il a ensuite été démontré que la formation de ce métabolite était sous l'influence du microbiote. On a également montré qu'un taux élevé de TMAO était un prédicteur de risque cardiovasculaire. Mais curieusement, la bétaïne, produit d'oxydation de la choline, était jusqu'ici considérée comme inoffensive après ingestion orale.
Risque cardiovasculaire accru
Un groupe de chercheurs de la Cleveland State University (USA) vient de publier une étude qui précise quelque peu les données en la matière. Ils ont étudié la relation entre le taux de choline et de bétaïne à jeun, d'une part, le risque cardiovasculaire, d'autre part. Pour ce faire, ils ont suivi pendant 3 ans 3903 patients qui avaient subi une coronarograhie élective à visée diagnostique. Ils les ont répartis en quartiles selon leur taux de choline et de bétaïne. Il est apparu que les taux les plus élevés (quatrième quartile) de choline et de bétaïne correspondaient à des risques 1,9 fois et 1,4 fois plus importants, respectivement. Mais si on incluait le taux de TMAO dans l'évaluation, les deux autres composés ne permettaient plus de prédire le risque cardiovasculaire, sauf en cas de TMAO élevé.
Implication du microbiote
Voilà donc des résultats qui confirment le rôle du TMAO dans l'augmentation du risque cardiovasculaire. Mais en plus de cela, ces données suggèrent un rôle du microbiote dans le risque cardiovasculaire. En effet, les études animales montrent que les effets pro-athérogènes de la choline et de la bétaïne prises par voie orale ne se manifestent que chez les individus dont le microbiote est intact et forme du TMAO.