Le coeur du diabétique a un sexe
Il semble bien que les relations entre diabète, athéromatose coronaire et accidents cardiovasculaires soient modulées par le sexe des individus. Mais on ne voit pas encore clairement dans quel sens s'exerce cette influence.
On connaît l'épidémie galopante de syndrome métabolique et de diabète. On connaît aussi le risque cardiovasculaire accru chez les patients atteints de cette maladie. Il n'est pas étonnant, dès lors, que les participants aux Scientific Sessions de l'American College of Cardiology se soient penchés sur cette problématique. Plusieurs communications et posters y ont été consacrés. Et le problème est moins simple qu'il n'y paraît.
La maladie et son traitement
La difficulté ne vient pas seulement des répercussions cardiaques de la maladie elle-même mais aussi des effets secondaires que peuvent engendrer sur le coeur certains médicaments du diabète. Pour les cardiologues, la belle aisance dont disposent aujourd'hui les endocrinologues dans le traitement du diabète a quelque part sont revers. D'ailleurs, depuis l'histoire bien connue (mais pas unanimement admise) de la roziglitazone, les autorités régulatrices demandent une évaluation cardiaque des nouveaux antidiabétiques. Mais une nouvelle dimension de la problématique émerge aujourd'hui : c'est que femmes et hommes ne sont pas exactement les mêmes devant les risques et que ceux-ci ne peuvent pas être prédits de la même manière dans les deux sexes.
Chez l'un mais pas chez l'autre
Une étude effectuée au Japon a suivi 813 hommes et 413 femmes qui subissaient pour la première fois une coronarographie. L'hémoglobine glyquée de ces patients a été mesurée à ce moment-là et les mesures des lésions coronaires ont été enregistrées et un score (SYNTAX) a été calculé. Une analyse de régression logistique a recherché les prédicteurs du risque cardiovasculaire après ajustement selon toute une série de paramètres (âge, niveau d'hypertension, profil lipidique, tabagisme, hémoglobine glyquée ...). Il s'est avéré que chez l'homme, l'HbA1c était un paramètre prédictif indépendant du risque de maladie coronaire, tandis qu'elle ne l'était pas chez les femmes si on ajustait sa valeur pour le diabète.
Chez l'autre mais pas chez l'un
Ce n'est pas la seule étude qui va dans ce sens. Une étude autrichienne a suivi 1449 patients sans antécédents connus de diabète et qui subissaient une coronarographie pour évaluation d'un angor stable. En se basant sur les critères d'HbA1c publiés par l'ADA pour le diagnostic du diabète, les auteurs ont conclu que l'HbA1c était un prédicteur de la maladie athéromateuse chez la femme mais pas chez l'homme sans diabète antérieur non diagnostiqué. Mais à l'inverse, en suivant les patients pendant 4,4 ans, il est apparu que chez les femmes, l 'HbA1c pouvait prédire de manière étroite et significative l'athéromatose coronaire, tandis que l'association était plus faible et non significative chez les hommes. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est pour l'instant difficile d'y retrouver son latin. Mais ici encore, des études ultérieures nous en diront certainement plus.