Moins d'hypertendus âgés chez l'Oncle Sam ?
Il suffit de déplacer le curseur pour que toute une série d'individus passent du mauvais côté d'un seuil ou inversement. C'est ce qui vient de se passer aux USA avec l'hypertension.
Les nouvelles guidelines américaines pour le traitement de l'hypertension artérielle, publiées dans le JAMA et présentées à la réunion annuelle de l'American College of Cardiology qui vient de se terminer à Washington, revoient les valeurs cibles pour le traitement de l'hypertension artérielle chez les patients de 60 ans ou plus.
En plus et en moins
Ces valeurs cibles passent de 140/90 mm Hg à 150/90 mm Hg. Ce n'est pas anodin car il s'ensuit que pas moins de 5,8 millions d'Américains n'ont plus besoin de traitement alors que les recommandations précédentes préconisaient de les placer sous anti-hypertenseurs. Inversement, 13,5 millions de personnes se voient tout à coup atteindre les valeurs cibles, alors que leur pression sanguine était considérée comme insuffisamment contrôlée, la veille encore de la publication des nouvelles normes. Et tout cela va sans compter avec la réduction des dépenses de santé.
Pas tous d'accord
Il faut néanmoins reconnaître que cette prise de position ne fait pas l'unanimité dans les rangs des cardiologues. Certains experts estiment en effet que cette tolérance jusqu'à un seuil plus élévé que précédemment pourrait s'avérer nuisible. Pour eux, d'ailleurs, il persiste un flou car si ces valeurs cibles sont modifiées, il n'est pas clairement dit, semble-t-il, si les personnes dont la pression sanguine se situe entre l'ancienne et la nouvelle cible sont des patients hypertendus qui ne nécessitent pas de traitement pharmacologique ou si elles ne sont pas hypertendues.
Reste à voir
Les nouvelles normes américaines sont assurément plus laxistes que les valeurs cibles proposées conjointement l'an dernier par l'ESC et l'ESH puisque ces deux sociétés européennes proposent de ramener si possible entre 140 et 150 mm Hg la pression sanguine systolique des personnes de plus de 80 ans qui sont au-dessus de 160 mm Hg au moment du diagnostic. On a déjà vu par le passé des différences d'appréciation entre les deux rives de l'Atlantique, notamment à propos des notions de pré-hypertension et de tension normale haute. Ces divergences prennent donc aujourd'hui une autre forme et il faudra donc quelques années pour savoir où se trouve la meilleure option, sur le plan de la morbidité et de la mortalité.