Un coeur sur une puce
Un nouveau modèle permet de reproduire des organes sur une puce et de les étudier. C'est ce qui vient d'être fait pour un syndrome cardiaque rare, le syndrome de Barth.
Il existe un syndrome rare qui s'appelle syndrome de Barth et qui résulte d'une erreur innée du métabolisme des phospholipides. Sa fréquence est estimée à 1/454.000 naissances et il se caractérise par une cardiomyopathie dilatée avec myopathie squelettique, une neutropénie, un retard de croissance et une acidurie organique. Les manifestations cliniques en sont diverses et peuvent aller jusqu'au décès in utero ou en bas âge. Mais grâce à la détection précoce et aux progrès de la prise en charge, le pronostic s'est nettement amélioré et les patients atteignent la quarantaine et pourraient bien vivre plus longtemps encore. Le traitement est symptomatique et pluridisciplinaire. Il vise avant tout l'insuffisance cardiaque et le risque infectieux.
Un modèle innovant
Ce qui fait la surprise aujourd'hui, c'est la nouvelle méthode mise au point par une équipe internationale pour créer un modèle permettant de mieux étudier - et donc, espère-t-on - de mieux comprendre ce syndrome. Il s'agit d'associer sur une puce, comme on le ferait pour des composants électroniques, les différents types cellulaires composant un organe. Bien entendu, l'organisation elle-même de cette association doit mimer l'organisation tissulaire de l'organe. On dispose alors d'un modèle in vitro qui permet d'étudier le comportement de l'organe et de ses composants dans différentes circonstances. Ce modèle a été initialement mis au point pour la recherche pharmacologique, mais il s'avère de plus en plus utile pour étudier la physiologie et la physiopathologie. C'est ce que les auteurs de l'étude sur le syndrome de Barth ont fait.
Un inventaire impressionnant
Ils ont utilisé la technique pour recréer, à partir de cardiomyocytes dérivés de cellules pluripotentes du patient génétiquement traitées, un tissu cardiaque artificiel sur puce, portant les caractéristiques du syndrome de Barth. Connaissant la mutation en cause, qui se produit sur le gène de la tafazzine (TAZ) résidant sur l'ADN mitochondrial, ils ont alors étudié les caractéristiques métaboliques, structurelles et fonctionnelles liées à cette mutation. Ils ont ainsi pu montrer que les cellules mutées forment des sarcomères épars et irréguliers et que les tissus " cardiaques " formés de cette manière ne se contractent que faiblement. Ces anomalies surviennent même en présence de taux cellulaires normaux d'ATP et on constate l'association du syndrome à un excès d'espèces oxygène réactives. Le modèle utilisé devrait permettre de mettre au point des traitements ciblés.