Les Belges partagent leur expérience
A quelque chose malheur est bon. Voilà la philosophie de sessions peu ordinaires proposées dans le cadre du congrès EuroPCR. L'idée est de présenter aux participants les cas difficiles, voire les accidents que l'on a rencontrés dans sa pratique et d'en tirer les leçons.
On pourrait dire qu'il faut un certain courage pour venir dans un grand congrès international exposer devant ses confrères les difficultés que l'on a rencontrées au cours de manoeuvres médicales. C'est pourtant ce qu'ont fait des cardiologues interventionnels de bon nombre de pays. Nos compatriotes ont eu droit à leur session. Nous rapportons ici deux des quatre cas présentés.
Quand le cathéter casse
C'est ainsi que le Dr Johann Bennett (KUL) a expliqué le cas d'un patient de 69 ans qui avait subi en 2006 une athérectomie au rotablateur pour NSTEMI, au niveau de la coronaire droite. Il était hypertendu, fumeur et hypercholestérolémique. Il est revenu en février 2013 pour un nouveau STEMI, avec resténose sévère sur stent dans la coronaire droite, qui bénéficia d'une PCI. Il présentait également une sténose de l'artère interventriculaire gauche, pour laquelle une nouvelle rotablation fut programmée. Au cours de celle-ci, une perforation avec collapsus survint. Le cardiologue obtura la perforation avec un ballonnet, antagonisa l'héparine et plaça un drain péricardique. Après avoir maintenu les choses en place pendant quelques minutes puis vérifié l'arrêt de l'extravasation, il mit en place un stent dans l'interventriculaire antérieure. Le patient se remit, mais revint six mois après avec un nouveau STEMI. Il avait à nouveau une sténose importante sur stent et des calcifications ostiales de la coronaire droite. Une dilatation énergique au ballonnet suivie de la mise en place d'un ballonnet à libération de médicament fut pratiquée. Un anévrysme de la partie proximale de l'interventriculaire antérieure fut mis en évidence avec fracture du stent de cette artère. Après dilatation de la zone, l'anévrysme fut sectionné et un biomatrice mise en place pour couvrir la fracture du stent. L'évolution fut favorable. Entre autres commentaires, Bennett rappelle que les fractures de stent de deuxième génération à libération de médicament sont rares et peuvent être responsables d'une resténose.
Sortie impromptue
Le Pr Luc Janssens (Imelda Ziekenhuis, Bonheiden), quant à lui, a expliqué comment il avait dû faire face à une extravasation au cours d'une PCI par voie radiale en première intention chez un patient cancéreux qui présentait un infarctus antérieur. Ce patient avait été pré-traité avec ASA, prasugrel et héparine. Le passage du cathéter et le déploiement du ballonnet s'étaient avérés difficiles. Après administration de protamine et maintien du ballonnet gonflé, l'extravasation se poursuivait. Il a fallu alors utiliser l'abord fémoral pour pouvoir mettre en place deux coils. Après l'intervention, l'infarctus du patient a évolué normalement sans menace hémodynamique ni saignement péricardique. Une fibrillation auriculaire paroxystique est survenue pendant le séjour hospitalier et le patient a reçu du rivaroxaban mais pas d'antiagrégants. Il a subi un STEMI quatre mois plus tard et une nouvelle PCI a été pratiquée. Il est finalement décédé 7 mois après la première intervention en raison de ses métastases cérébrales. La leçon tirée par le Pr Janssens est double : il faut se souvenir que le pronostic d'une PCI chez un patient cancéreux est moins favorable que chez un autre patient et il faut avoir des coils à portée de main en cas d'accident.