Insuffisance cardiaque et diabète
Une impressionnante étude explore le lien entre insuffisance cardiaque et risque de diabète. Et un tel lien semble bien être la réalité. Mais les critères utilisés sont-ils bien choisis ?
Existe-t-il une relation entre la gravité d'une insuffisance cardiaque et le risque de développer un diabète ? C'est ce qu'ont voulu savoir Malene Demant et al. (Danemark) en étudiant une cohorte entière dans leur pays. Ils ont défini la sévérité de l'insuffisance cardiaque sur base de la dose de diurétique de l'anse que prenaient les patients au 90e jour suivant leur sortie. Tous les patients danois qui quittaient l'hôpital pour un premier épisode de décompensation entre 1997 et 2010 ont été suivis. Les auteurs n'ont retenu, bien entendu, que ceux qui ne prenaient pas de médicaments hypoglycémiants au moment de leur entrée dans l'étude. Ils ont poursuivi cette étude jusqu'à la première prescription d'agents hypoglycémiants, jusqu'au décès éventuel ou jusqu'au 31 décembre 2010 selon les cas.
Cent mille patients
Cela fait un total de 99.362 personnes inclues dans l'étude. Ces patients ont été répartis en 5 groupes, selon la dose de diurétique de l'anse : pas de diurétique de l'anse (groupe 1, 30.838 patients, soit 31%), plus de 0 jusqu'à 40 mg/j (groupe 2, 24.389 soit 25% des patients), plus de 40 jusqu'à 80 mg/j (groupe 3, 17.355 ou 17%), >80-159 mg/j (groupe 4, 11.973 ou 12%), et ? 160 mg/j (groupe 5, 14.807 ou 15%). Au total, 8% des patients (7.958) ont développé un diabète. Le diurétique de l'anse était associée de manière dose-dépendante à un risque accru de développer un diabète. L'utilisation concomitante d'un inhibiteur du système rénine-angiotensine (RASi) atténuait le risque. Par rapport à ceux qui ne recevaient pas ces diurétiques (groupe 1), le rapport de risque (hazard ratio, HR) d'apparition d'un diabète était de 2,06 ; 2,28 ; 2,88 et 3,02, pour les groupes 2 à 5, respectivement. Il était de 1,16 ; 1,35 ; 1,48 et 1,76 respectivement, avec traitement par RASi ajouté.
Le bon critère ?
Les auteurs concluent que la gravité de l'insuffisance cardiaque est associée à un risque proportionnellement accru de développer un diabète. Il faut donc y être attentif, ajoutent-ils. Pour notre part, nous nous interrogeons sur la valeur de la dose de diurétique en tant qu'indice de la gravité. La relation entre ces deux aspects est-il constante et linéaire ? Qu'en serait-il si on avait tout simplement considéré la classification de la NYHA ?