L'endocardite, malheur en hausse ?
Une communication faite par des scientifiques d'un institut de clinique et de recherche translationnelle... dentaires a fait sensation. Mais à la réflexion, elle mérite d'être nuancée sans toutefois perdre sa valeur et son intérêt.
Comment faire pour savoir s'il y a plus d'endocardites infectieuses aujourd'hui qu'auparavant, alors qu'il ne s'agit pas d'une maladie à déclaration obligatoire et qu'elle est relativement rare, ce qui rend les statistiques malaisées à établir ? Des chercheurs de l'université de Sheffield (UK) ont eu une idée que l'on peut qualifier d'originale, voire peut-être de géniale mais qui conduit sans doute à une méthodologie un peu fragile. Mais elle a le mérite, comme on le verra, de secouer un peu la conscience tranquille des bonnes guidelines.
Les antibiotiques et le dentiste
Partant du constat que la cause la plus fréquente de l'endocardite infectieuse est une bactérie d'origine buccale, Streptococcus viridans, et que le germe se propage au coeur via le sang lors de manoeuvres dentaires invasives, Martin Tornhill et son équipe se sont dit que la prescription prophylactique d'antibiotiques pouvait indirectement constituer un indice des mouvements à la hausse ou à la baisse de l'endocardite infectieuse. Ils ont donc conduit un minutieux travail de pistage de cette prescription et des endocardites dans l'école de dentisterie de leur institution. Et ils ont constaté une hausse de fréquence de l'infection à partir de l'année 2008, date d'introduction NICE (National Institute for Clinical Excellence) de guidelines incitant à la parcimonie dans la prescription d'antibiotiques. Et en effet, on note dans le même temps un net recul de la prescription. Faut-il, dès lors, en revenir à une plus grande prodigalité dans l'antibiothérapie prophylactique ? Hasard ou nécessité, le NICE vient d'annoncer, paraît-il, une révision imminente de ses recommandations...
Et la brosse à dents ?
Chargé par le comité scientifique de l'American Heart Association de commenter l'étude en question, le cardiologue Dhruv Kazi (USA) est, quant à lui, plus nuancé et plus prudent. Après avoir très courtoisement salué l'énorme difficulté de ce genre d'étude, il fait au moins trois remarques. La première est qu'il n'y a pas que des causes stomatologiques à l'endocardite. Ensuite, on sait que la personne qui se brosse les dents régulièrement est cinq fois plus susceptible d'avoir une bactériémie transitoire que celle qui subit occasionnellement des manipulations de dentisterie. Enfin, en Angleterre, dit-il, les recensements n'ont lieu que tous les dix ans. Et dans les intervalles, les estimations peuvent se trouver loin de la réalité démographique, ce qui peut conduire à des estimations épidémiologiques erronées. Alors, restons prudents, en effet, dans l'interprétation des données.