Goutte : facteur de risque ou pas ?
Il est étonnant de se rendre compte que si l'hyperuricémie est reconnue comme facteur de risque de mortalité cardiovasculaire, la responsabilité de la goutte elle-même dans les décès reste l'objet d'opinions divergentes.
On sait que l'hyperuricémie est un facteur de risque indépendant de mortalité cardiovasculaire. Mais curieusement, l'association éventuelle entre la goutte cliniquement manifeste et le risque de décès d'origine cardiovasculaire continue à faire l'objet de controverses. Pour tenter d'y voir un peu plus clair, Clarson et al. (UK) ont mené une étude systématique de la littérature avec méta-analyse.
Risque augmenté
Les études qu'ils ont retenues devaient comporter des données sur la mortalité cardiovasculaire chez des adultes indemnes de maladie cardiovasculaire au moment de leur entrée dans les études. Cela faisait in fine six études totalisant pas moins de 223.448 patients. Les rapports de risque globalisés pour tous ces patients ont été calculés de manière non ajustée puis ajustée pour les facteurs de risque cardiovasculaires classiques. Il est apparu à l'analyse que la goutte est réellement associée à une mortalité cardiovasculaire accrue : le hazard ratio (HR) pour la mortalité cardiovasculaire, calculé sans ajustement pour les autres facteurs de risque, était 1,71 (IC 95% : 1,17-1,84). Pour la mortalité d'origine coronarienne, il était de 1,59 (IC 95% : 1,25-1,94). Même après ajustement, l'accroissement de risque persistait : 1,29 (IC 95% : 1,14-1,44) pour la mortalité cardiovasculaire et 1,42 (IC 95% 1,22- 1,63). Mais les auteurs font remarquer qu'aucune des études retenues ne faisait état d'une association entre goutte et infarctus du myocarde.
Un mystère malgré tout
Les résultats qu'ils ont obtenus, disent les auteurs dans la discussion de leur revue, sont en concordance avec une revue précédente qui n'avait pris en compte que 4 études. Ils en concluent que la goutte est un facteur de risque indépendant de décès cardiovasculaire. Mais le mécanisme de cette association reste mal compris. Et l'on comprend encore moins l'absence d'association avec le décès par infarctus du myocarde.