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Un antidépresseur pour le coeur

La connaissance approfondie de la biologie moléculaire de la transmission transmembranaire des signaux ouvre la voie à l'utilisation inédite de certains médicaments pour lutter contre l'insuffisance cardiaque après infarctus.

Dr Jean Andris - 17 mars 2015

L'insuffisance cardiaque est l'une des épidémies modernes et elle coûte très cher aux systèmes de santé. On connaît aujourd'hui toute une série de modifications qui se produisent au niveau moléculaire au cours de cette affection. Un récepteur couplé aux protéines G (RCPG), lorsqu'il est phosphorylé par une kinase spécifique, la G protein-coupled receptor kinase2 (GRK2), intervient avec d'autres composants dans l'arrêt de la transmission de certains signaux transmembranaires. C'est le processus de désensibilisation ou " downregulation ". La GRK2 est, quant à elle, " uprégulée " dans l'insuffisance cardiaque. Elle semble jouer un rôle dans la progression de la maladie en provoquant un dysfonctionnement des voies de signalisation adrénergique et la mort de cardiomyocytes.

Inhiber la désensibilisation
Schumaker et al. ont récemment montré que la paroxétine, un inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine (SSRI) utilisée comme antidépresseur, pouvait inhiber la GRK2 de manière sélective par rapport aux autres GRK. Il était donc intéressant pour ces auteurs de tenter de mettre au point un modèle expérimental susceptible de permettre l'étude de l'action de la paroxétine sur le coeur défaillant. Des souches naturelles de souris ont dès lors été traitées pendant quatre semaines avec le médicament, à partir de deux semaines après la provocation d'un infarctus du myocarde. D'autres souris furent traitées dans les mêmes conditions, mais avec de la fluoxétine, un autre antidépresseur de la même classe que la paroxétine mais qui n'inhibe pas la GRK2. Avant ces traitements, toutes les souris accusaient la même dysfonction ventriculaire gauche. Après mise en route des traitements aux antidépresseurs, la dégradation de la fonction cardiaque s'est poursuivie sous fluoxétine, alors que le groupe placé sous paroxétine voyait la fonction et la structure du ventricule gauche s'améliorer nettement. Et cet effet était nettement supérieur à celui qu'on obtenait avec des bêta-bloquants.

Une voie nouvelle
Ces données suggèrent que la paroxétine est capable d'améliorer la fonction cardiaque après un infarctus. Cela ouvre donc une voie nouvelle à explorer pour la prise en charge des conséquences d'un infarctus.

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