La bilirubine et les vaisseaux dans le diabète
Une étude expérimentale fort élégante lève quelque peu le voile sur les mécanismes de la dysfonction endothéliale chez les animaux diabétiques. Elle met également à jour le rôle probable d'un facteur protecteur inattendu : la bilirubine.
Les complications vasculaires sont la première cause de morbidité et de mortalité chez les patients diabétiques et elles entraînent des coûts énormes pour la société. Bien que leur pathogénèse soit multifactorielle, la dysfonction endothéliale et son corollaire, la baisse de production NO par l'endothélium lui-même y jouent un rôle important, de même que la dégradation de la dilatation vasculaire endothélium dépendante.
Drôle de protectrice ?
Assez curieusement, malgré sa mauvaise réputation, la bilirubine est aujourd'hui considérée comme une substance vasoprotectrice. Il est vrai qu'elle est un puissant antioxydant et qu'elle exerce des propriétés anti-inflammatoires et anti-apoptotiques. Des arguments cliniques viennent d'ailleurs corroborer ces constats : le taux sérique de bilirubine est inversement corrélé à toute une série de troubles cardiovasculaires. Dans une étude qu'ils ont menée sur des souris diabétiques, Liu et al. (Hong Kong) ont traité ces animaux pendant deux semaines avec de l'hémine, un inducteur de l'enzyme " hème oxygénase-1 " (HO-1), connue pour ses effets vasodilatateurs. Leur hypothèse était que la bilirubine servait d'intermédiaire dans les effets bénéfiques induits par la HO-1 dans le diabète. Après ce traitement, ils ont isolé les aortes des souris et ont pratiqué des études fonctionnelles et moléculaires.
Rétablir la relaxation
Ils ont ainsi pu montrer que le traitement par l'hémine améliorait la relaxation endothélium dépendante des vaisseaux des animaux diabétiques. Mais ce bénéfice ne s'obtient pas si la biliverdine réductase, enzyme qui catalyse la transformation de la biliverdine en bilirubine, est bloquée. Par ailleurs, la concentration de la bilirubine non conjuguée est diminuée de 80% chez les mêmes animaux. Et l'administration de cette bilirubine restaure la fonction endothéliale. Plus encore, l'activité de la NO synthase, la production de nitrite (métabolite du NO) et l'activité d'une enzyme appelée Akt sont corrigées par la bilirubine. Or l'Akt est une protéine kinase et constitue une cible de la bilirubine. Elle active la NO synthase par phosphorylation. L'inhibition de l'Akt empêche la correction de la relaxation endothélium dépendante par la bilirubine.
Une cascade sous protection
On se trouve donc là devant une cascade qui est perturbée chez les souris diabétiques, ce qui contribue à la dysfonction endothéliale. Et la bilirubine constitue bel et bien un facteur protecteur contre cette dysfonction.