Retour sur les graisses saturées
On a récemment entendu des experts en appeler à une révision des opinions et même des guidelines concernant les graisses saturées et leurs effets sur la santé. Il était donc temps de réaliser une revue systématique des données actuellement disponibles, ce que viennent de faire de Souza et al. (Canada).
Ils ont donc fouillé les bases de données de la littérature scientifique à la recherche des études observationnelles qui ont étudié les associations entre les graisses saturées, ainsi que les graisses non saturées trans, d'une part, la mortalité pour toute causse, pour maladie coronaire, pour maladie cardiovasculaire, la maladie coronaire, l'accident cérébrovasculaire ischémique ou le diabète de type 2, d'autre part. Il pouvait s'agir de toutes les graisses de ce type, qu'elles soient d'origine industrielle ou qu'elles proviennent de ruminants. Deux reviewers indépendants ont extrait les données de ces études et signalé les risques de biais. Douze études prospectives de cohorte ont été rassemblées pour chaque association recherchée.
Saturées, non
Il est apparu que la consommation de graisses saturées n'était pas associée à la mortalité pour toute cause (risque relatif ou RR 0,99 ; intervalle de confiance ou IC à 95% : 0,91 à 1,09), ni avec la mortalité cardiovasculaire (RR 0,97 ; IC 95% 0,84 - 1,12), pas plus qu'avec la maladie coronaire considérée globalement (RR 1,06 ; IC 95% 0,95 - 1,17). Ce n'était pas le cas non plus avec l'AVC ischémique (RR 1,02 ; IC 95% 0,90 - 1,15) ni avec le diabète de type 2 (RR 0,95 ; IC 95% 0,88- 1,03). Par contre, l'absence d'association avec la mortalité par maladie coronaire était notée également mais n'était pas statistiquement significative (RR 1,15 ; IC 95% 0,97 - 1,36 ; p= 0,10).
Trans, oui
Pour ce qui est des graisses trans, la situation est différente. La consommation totale de ce type de graisses était bel et bien associée à la mortalité pour toute cause (RR 1,34 ; IC 95% 1,16- 1,56), à la mortalité par maladie coronaire (RR 1,28 ; IC 95% 1,09-1,50) et à la maladie coronaire en tant que telle (RR 1,21 ; IC 95% 1,10- 1,33). Les graisses trans d'origine industrielle étaient associées à la mortalité par maladie coronaire, et à la maladie coronaire elle-même. L'acide trans-palmitoléique provenant des ruminants était en relation inverse avec le diabète de type 2. Bref, si toutes ces données se confirment au travers de futures études d'intervention, il faudra apprendre à nuancer les conseils diététiques que l'on donne à ce propos.