Prise en charge moins agressive de la maladie coronaire chez la femme, tout sauf une affaire de sexisme

Le couplet classique est que les femmes sont moins bien prises en charge parce que les cardiologues, interventionnistes et chirurgiens cardiaques sont plus timorés (version politiquement correcte) ou d'horribles sexistes (version extrémiste).
Cela est contredit par un travail canadien montrant que le sexe féminin n'est pas le primum movens de cette situation.
Les investigateurs ont utilisé la base de données de l'Ottawa Heart Institute dans laquelle figurent les dossiers de 19.557 patients ayant subi un pontage coronaire entre janvier 1990 et mars 2015.
En utilisant 45 variables de prétraitement, ils ont constitué un groupe de 1.254 patients (627 hommes et 627 femmes) ayant des profils similaires, ce qui a permis d'étudier les différences de prise en charge entre les deux sexes. Après ajustement sur différents facteurs dont l'âge, le poids et le diabète, les chercheurs n'ont pas constaté de différence entre hommes et femmes en termes de pontage avec l'utilisation des deux artères mammaires internes (respectivement 31,9% et 30,1%) et de l'artère radiale (44,5% et 44,1%). Il y avait en revanche moins de triple pontage chez les femmes 7,3% versus 10,5% chez les hommes. Les investigateurs mettent cette situation sur le compte d'un diagnostic survenant à un âge plus avancé et donc avec une plus grande probabilité de comorbidités entravant une mise au point aussi poussée et aussi invasive que celle des hommes.
Ils plaident donc pour une reconnaissance plus précoce du diagnostic grâce notamment au recours à l'angioscanner puisque le test d'effort est notoirement peu sensible et non spécifique chez la femme.
H Jabagi et al. Ann Thorac Surg. 2017 Sep 14. [Epub ahead of print].