Sale temps pour la centenaire

Trois analyses de l'étude ASPREE (ASPirin in Reducing Events in the Elderly) mettent sérieusement à mal la réputation de bonne à tout faire de la prévention généralement prêtée à l'aspirine.
L'étude australo-américaine ASPREE a concerné des sujets de 70 ans et plus non institutionnalisés et qui étaient indemnes d'atteinte cardiovasculaire, de démence et de handicap lorsqu'ils ont été enrôlés. Selon la randomisation, ces sujets ont été alloués à un bras aspirine gastrorésistante 100 mg/j (n=9525) ou à un bras placebo (n=9589).
L'étude a été stoppée à l'issue d'un suivi médian de 4,7 ans car il est apparu que la poursuite de l'aspirine ne permettrait pas de démontrer un bénéfice sur le critère composite principal (décès toutes causes, démence ou handicap physique persistant). Incidence de 21,5 événements/1.000 personnes année (PA) dans le bras aspirine versus 21,2/1.000 PA dans le bras placebo aboutissant à un ratio des risques relatifs HR (IC 95%) de 1,01 (0,92-1,11), p=0,79.
L'analyse concernant la mortalité toutes causes est également en défaveur de l'aspirine, 12,7 versus 11,1 décès/1.000 PA, HR 1,14 (1,01-1,29) et cela semble être en rapport avec un surcroît de décès par cancer 6,7 versus 5,1 décès/1.000 PA, HR 1,31 (1,10-1,56).
L'analyse portant sur les événements cardiovasculaires montre qu'ils sont légèrement moindres dans le bras aspirine, 10,7 versus 11,3 /1.000 PA, HR 0,95 (0,83-1,08), mais que cela s'accompagne d'une incidence significativement supérieure d'hémorragies majeures, 3,8% versus 2,8%, HR 1,38 (1,18-1,62), p<0,001.
Autant de résultats qui doivent faire réfléchir avant d'envisager de prescrire de l'aspirine à faible dose aux sujets âgés en bonne santé.
McNeil JJ et al. N Engl J Med. 2018 Sep 16. [Epub ahead of print]; https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1800722; https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1803955; https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1805819