Silencieux et donc méconnu ne veut pas dire sans danger

Les dosages de la troponine ont presque fait ranger aux oubliettes la classique douleur médiothoracique intense avec oppression et sensation de mort imminente qui signait le diagnostic d'infarctus du myocarde et il est désormais connu que bon nombre d'infarctus sont en réalité silencieux. Il s'agit même de la forme la plus fréquemment rencontrée chez les sujets âgés. Mais attention, silencieux ne veut pas dire sans danger.
En témoignent les résultats d'une étude de cohorte islandaise ayant recruté 935 sujets non institutionnalisés, âgés initialement de 67 à 93 ans, qui ont été caractérisés par une IRM cardiaque au départ et classés en 3 groupes, absence d'infarctus (73%), infarctus méconnu (17%) et infarctus reconnu (10%).
Ces sujets ont été suivis de façon prospective sur une période allant jusqu'à 13,3 ans. Le critère d'évaluation principal était la mortalité toutes causes confondues, les événements cardiaques indésirables majeurs constituant les critères secondaires. A 3 ans, les investigateurs rapportent un taux de mortalité similaire (3%) chez les patients avec infarctus méconnus et sans infarctus contrastant avec un taux de 9% chez les patients avec infarctus reconnus.
A 5 ans, le taux de mortalité des infarctus méconnus ont augmenté (13%), ils deviennent supérieurs aux taux documentés chez les sujets sans infarctus (8%), mais restent inférieurs aux taux des patients avec infarctus reconnus (19%). A 10 ans, les taux de mortalité des infarctus méconnus et des infarctus reconnus deviennent similaires (respectivement 49% et 51%, la différence n'étant pas significative) et sont dans les deux cas significativement plus élevés qu'en l'absence d'infarctus (30%). Après ajustement sur l'âge, le sexe et le diabète, il s'avère que les infarctus méconnus
• sont associés à un risque accru de décès (HR 1,61), d'événements cardiaques indésirables majeurs (HR 1,56), d'infarctus (HR 2,09) et d'insuffisance cardiaque (HR 1,52) par rapport à l'absence d'infarctus,
• ont un risque de décès (HR 0,99) et d'événements cardiaques indésirables majeurs (HR 1,23) non significativement différent des risques correspondants documentés chez des patients avec infarctus reconnus. La détection précoce par IRM cardiaque d'infarctus méconnus permettrait-elle de mettre en place un meilleur contrôle des facteurs de risque susceptible de réduire les risques à long terme mis à jour dans cette étude ? La question mérite en tout cas d'être posée.
T Acharya et al. JAMA Cardiol. 2018 Oct 10. [Epub ahead of print]. https://jamanetwork.com/journals/jamacardiology/fullarticle/2705678