Taux d'oestradiol et protection cardiovasculaire en post-ménopause

Les interactions entre âge à la ménopause, traitement hormonal substitutif et risque cardiovasculaire ont déjà fait couler beaucoup d'encre, sans toujours permettre d'arriver à une conclusion claire. Une équipe californienne ajoute un élément allant dans le sens du seul bénéfice d'une intervention précoce.
Les résultats de l'EARLY versus Late Intervention Trial with Estradiol ont montré qu'une hormonothérapie substitutive (éthinyl-oestradiol ± progestérone vaginale cyclique) instituée endéans les 6 ans de la survenue de la ménopause permettait réduire significativement la progression de l'athérosclérose infraclinique. En revanche, lorsque ce traitement était mis en place dix ans ou plus après la ménopause, il n'avait plus d'effet sur la progression de l'athérosclérose.
Pour mémoire, cet essai randomisé contrôlé versus placebo et mené en double aveugle a concerné 596 femmes ménopausées dont 297 ont été assignées au bras traitement hormonal et les autres au bras placebo. Les femmes étaient également stratifiées en fonction de l'ancienneté de leur ménopause et donc de la date de la mise en oeuvre du traitement (intervention précoce=moins de 6 ans et intervention tardive=10 ans ou plus).
Dans une analyse secondaire des données de cette étude, les investigateurs ont recherché d'éventuelles associations différentes entre les taux plasmatiques d'oestradiol induits par le traitement hormonal et la progression de l'athérosclérose infraclinique selon que l'initiation de ce traitement était précoce ou tardive.
Ils rapportent que des taux plus élevés d'oestradiol sont inversement associés à la progression de l'épaisseur intima-média de la carotide en cas d'intervention précoce (p=0,041), mais en revanche positivement associés à cette progression dans le groupe intervention tardive (p=0,006).
En cas d'intervention précoce, la progression de l'épaisseur intima-média de l'artère carotide est de 8,5 µm/an dans le quartile de femmes ayant les taux plasmatiques d'oestradiol les plus bas versus 7,2 µm/an dans le quartile des femmes ayant les taux les plus élevés.
En cas d'intervention tardive la progression est de 9,8 µm/an dans le quartile de femmes ayant les taux plasmatiques d'oestradiol les plus bas et de 11,7 µm/an dans le quartile des femmes ayant les taux les plus élevés.
Des résultats qui montrent donc que l'impact du niveau d'oestradiol induit par l'hormonothérapie substitutive sur la progression de l'athérosclérose diffère selon le moment du début de ce traitement par rapport au temps écoulé depuis la survenue de la ménopause.
I Sriprasert et al. J Clin Endocrinol Metab. 2018 Sep 28. [Epub ahead of print]. https://academic.oup.com/jcem/advance-article-abstract/doi/10.1210/jc.2018-01600/5107763