L'irradiation préventive du bassin dans le cancer de la prostate à haut risque augmente les chances de guérison

L'irradiation préventive des ganglions lymphatiques du bassin entier dans le cancer de la prostate à haut risque de métastases dans le bassin était, jusqu'il y a peu encore, controversée. Une étude internationale dirigée par le Pr Gert De Meerleer, le Dr Charlien Berghen et le Pr Steven Joniau de l'UZ Leuven, publiée dans Lancet Oncology, a changé la donne.
L'équipe a analysé toutes les grandes études internationales sur l'irradiation du bassin pour une tumeur de la prostate, publiées entre 2014 et 2021. Les études prospectives RTOG 9413 et GETUG-01 n'ont pas mis en évidence d'avantages à effectuer une irradiation préventive du bassin entier en plus de l'irradiation de la prostate 1,2. L'étude POP-RT, en revanche, a montré un bénéfice chez les patients présentant un risque accru d'invasion des ganglions lymphatiques 3.
La sélection des patients est cruciale
Selon les auteurs, une sélection adéquate des patients est essentielle. Ceux présentant un risque d'invasion des ganglions lymphatiques > 35%, calculé sur la base de la formule de Roach, doivent recevoir une irradiation préventive du bassin. Chez ces patients à haut risque, une irradiation supplémentaire du bassin entier, combinée à une hormonothérapie de 24 mois augmente significativement la survie par rapport à l'hormonothérapie seule. En outre, l'étude SPORTT a révélé que cette irradiation comme traitement de rattrapage après une prostatectomie, en combinaison avec une hormonothérapie, permet d'obtenir une meilleure survie sans récidive biochimique 4.

Irradiation du bassin entier
Les auteurs prodiguent également des conseils d'administration de la radiothérapie du bassin entier en pratique clinique. Ils recommandent d'inclure toutes les chaînes de ganglions dans le champ d'irradiation et pas uniquement les régions de ganglions situées en profondeur dans le petit bassin. La limite supérieure du champ du bassin doit comprendre la bifurcation de l'aorte abdominale. La dose biologique pour la prostate et les vésicules séminales doit être d'au moins 78 Gy, tandis qu'une dose biologique de 50 Gy doit être envisagée pour les ganglions du bassin. Les auteurs soulignent aussi la quasi-absence d'effets toxiques de grade III ou supérieur avec les techniques actuelles de radiothérapie. Ils ne semblent pas non plus être plus nombreux que lors de l'irradiation de la prostate uniquement.
Comme la plupart des hôpitaux utiliseront le PSMA PET-scan (qui cible l'antigène membranaire spécifique de la prostate), plus sensible, comme procédure de stadification standard pour les patients à haut risque, cette population de patients devrait augmenter. Ceux dont les ganglions lymphatiques semblent hypertrophiés au PSMA PET-scan seraient pris en compte pour l'irradiation préventive du bassin entier.
Les résultats de cette synthèse intéressante ont été publiés dans The Lancet Oncology5.
Références:
1. Roach M. et al. Lancet Oncol 2018 ; 19: 1504-15.
2. Pommier P. et al. Int J Radiat Oncol Biol Phys 2016 ; 96: 759-69.
3. Murthy V. et al. J Clin Oncol 2021 ; 10 ; 39(11): 1234-42.
4. Pollack A. et al. J Radiat Oncol Biol Phys 2018 ; 102: 1605.
5. De Meerleer G. et al. Lancet Oncol 2021 ; 22(8): E348-57.