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Dépistage et traitement précoce réduisent les risques de cancer anal chez les personnes séropositives

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Le dépistage et le traitement précoce des dysplasies anales de haut grade permettent de réduire de près de 60% le risque de voir ces lésions évoluer vers un cancer du canal anal selon les résultats de l'étude ANCHOR.

Jean-Luc Schouveller - 2 mars 2022

L'incidence du cancer du canal anal est plus élevée chez les personnes séropositives qu'au sein de la population générale. En cause, la fréquence plus élevée, au sein du groupe des personnes vivant avec le VIH, d'infections à HPV (papillomavirus humain), un virus connu pour induire des mutations cellulaires anormales pouvant évoluer vers une dysplasie précancéreuse, aussi appelées lésions malpighiennes intra-épithéliales de l'anus, et un cancer invasif.

Si le dépistage régulier et le traitement précoce ont permis de réduire drastiquement la prévalence et la mortalité du cancer du col de l'utérus, un cancer lui aussi en lien étroit avec le HPV, ces interventions salvatrices ne constituent cependant pas encore la norme pour les personnes à haut risque de développer un cancer du canal anal. Ceci est dû au fait qu'à l'heure actuelle on ne dispose pas de preuves solides de la pertinence de ces interventions. Mais, les choses pourraient bientôt changer suite à la présentation des résultats définitifs de l'étude ANCHOR dans le cadre de l'édition 2022 de la CROI.

Fréquence élevée des dysplasies anales

Pour les besoins de cet essai, les investigateurs ont recruté des personnes séropositives âgées de 35 ans et plus (âge moyen 51 ans) dans 15 grands centres urbains américains.

Entre septembre 2014 et août 2021, 10.723 personnes ont fait l'objet d'un dépistage des dysplasies anales précancéreuses par frottis anal (cytologie) et anuscopie à haute résolution. Si une ou des lésions précancéreuses étaient objectivées, une biopsie était réalisée. Pareilles lésions ont été diagnostiquées chez plus de la moitié des participants: 53% des hommes, 46% des femmes et 63% des transsexuels. De plus, 17 cancers du canal anal préexistants ont été mis à jour.

Réduction importante du risque d'évolution vers un cancer anal

Après cette phase de dépistage, les patients présentant des lésions dysplasiques de haut grade ont été répartis au hasard en deux groupes distincts. Dans l'un, les lésions ont été traitées, dans l'autre, les patients ont été soumis à une surveillance active avec dépistage tous les 6 mois.

L'étude ANCHOR a été interrompue plus tôt que prévu, en octobre 2021, après qu'une analyse intermédiaire des données ait montré que le dépistage et le traitement précoce des lésions précancéreuses conféraient un avantage clair. En effet, un cancer invasif du canal anal a été diagnostiqué chez 9 personnes du groupe "dépistage et traitement" et chez 21 personnes du groupe "surveillance active", soit une diminution du risque d'évolution vers un cancer invasif de l'ordre de 57% si un traitement approprié est enclenché dès mise en évidence de lésions à haut potentiel évolutif via un dépistage systématique.

Vers de nouvelles stratégies

Pour la toute première fois, une étude nous apporte des preuves solides que le dépistage et le traitement précoce des dysplasies anales de haut grade réduit le risque de cancer du canal anal, des données qui soutiennent l'inclusion du dépistage et du traitement précoce dans la prise en charge de référence pour toute personne séropositive de 35 ans et plus.

Dans leurs conclusions, les investigateurs vont même plus loin. Selon eux, bien que cette étude portait sur des personnes séropositives, les résultats observés seront vraisemblablement applicables à d'autres groupes présentant un risque accru de cancer du canal anal comme, par exemple, les hommes séronégatifs ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes, les femmes ayant des antécédents de cancer du col utérin ou d'autres cancers en lien avec une infection par le HPV et les personnes immunodéprimées. Lors de la séance de la discussion qui a suivi la présentation de l'étude, les membres du panel ont abordé la question de la vaccination contre le HPV en rappelant que les recommandations des sociétés savantes en rapport avec le VIH préconisent que toute personne vivant avec le VIH et âgée de moins de 45 ans qui n'aurait pas bénéficié d'un schéma vaccinal a l'adolescence ou, en rattrapage, jusque 26 ans en discute l'intérêt avec son praticien.

Réf: Palefsky J. et al. Abstract 106LB, CROI 2022.

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