Société belge de radiologie
La radiologie est plus qu’un chiffre dans un bilan annuel
Les récents reportages concernant les sociétés médicales et les revenus des médecins ont relancé le débat sur le financement de notre système de santé. Ce débat est légitime et nécessaire. Mais lorsque des disciplines médicales complexes sont réduites à un classement des bénéfices de sociétés, le risque est que la discussion sociétale passe à côté de son véritable objectif.
Aujourd’hui, la radiologie est l’une des disciplines les plus centrales de la médecine. Presque chaque patient qui se rend aux urgences, reçoit un diagnostic de cancer, subit un AVC, est opéré ou se fait suivre pour une maladie chronique entre directement ou indirectement en contact avec un radiologue.
Pourtant, le travail des radiologues demeure largement invisible. Le patient voit souvent l’appareil, mais pas le médecin derrière l’interprétation, les concertations multidisciplinaires, les gardes, le contrôle de qualité, la formation, la recherche scientifique et la disponibilité permanente sur lesquelles repose la médecine moderne.
Une société n’est pas une fiche de paie
Le débat public est en outre brouillé par le fait que les chiffres des sociétés médicales sont présentés comme s’ils reflétaient le revenu personnel des médecins. Or, une société n’est pas une fiche de paie. Les bénéfices déclarés dans une société médicale servent souvent à financer des investissements en équipements, en informatique, en formation, en assurances et en activités professionnelles futures.
Il s’agit par ailleurs de montants avant toute fiscalité supplémentaire sur les dividendes ou les distributions versées au médecin lui-même. Assimiler le bénéfice d’une société au revenu net personnel conduit à une perception fondamentalement erronée.
"La radiologie n’est pas un poste de dépense en marge des soins, mais l’un des fondements sur lesquels repose la médecine moderne."
La radiologie est par ailleurs une discipline en évolution scientifique et financière constante. Les innovations telles que l’intelligence artificielle, le scanner à comptage photonique, les techniques avancées d’IRM, les traitements oncologiques guidés par l’image et les nouvelles procédures interventionnelles nécessitent des investissements continus. Grâce à une thrombectomie mécanique réalisée par des radiologues interventionnels, des patients qui autrefois restaient dépendants de soins à vie après un AVC aigu peuvent aujourd’hui retrouver une vie autonome.
La Belgique dispose d’équipes hautement performantes disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Cette infrastructure, cette formation et cette permanence ont été développées grâce à l’esprit d’entreprise de médecins et d’hôpitaux prêts à prendre des risques bien avant l’existence d’un financement structurel. Lorsqu’on se limite à examiner des classements de revenus, toute cette valeur ajoutée sociétale disparaît complètement du tableau.
Une responsabilité sous-estimée
La responsabilité des radiologues est également souvent sous-estimée. Chaque jour, des milliers de décisions diagnostiques sont prises et déterminent la suite du parcours des patients. Une hémorragie cérébrale non détectée, une embolie pulmonaire non reconnue ou un diagnostic tardif de cancer peuvent avoir des conséquences graves. Cette responsabilité ne s’arrête pas à cinq heures du soir. Les radiologues assurent des gardes, participent aux concertations multidisciplinaires et garantissent les soins urgents, souvent loin du regard du grand public.
Cela ne signifie pas qu’il ne puisse y avoir de débat sur les honoraires ou sur les différences entre disciplines. Mais cet exercice ne doit pas partir d’une comparaison simpliste des résultats de sociétés. Aujourd’hui, la Belgique figure parmi les pays offrant l’accès le plus rapide à une imagerie médicale de haute qualité et à des traitements interventionnels avancés. Cette position n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat de décennies d’investissements réalisés conjointement par les médecins et les hôpitaux.
Ceux qui souhaitent garantir l’avenir des soins de santé doivent donc regarder au-delà d’un classement des revenus. La véritable question est de savoir quels soins nos patients recevront demain, quelles innovations nous voulons continuer à proposer et comment faire en sorte que la Belgique demeure à l’avenir parmi les leaders mondiaux de la médecine.
La radiologie n’est pas un poste de dépense en marge des soins, mais l’un des fondements sur lesquels repose la médecine moderne. Il est regrettable que cette réalité soit, une fois de plus, éclipsée sous une avalanche de prétendus bénéfices de sociétés.