Psychologie

Santé mentale : les quartiers verts protègent… mais pas tout le monde

Une vaste étude de la Mutualité chrétienne, menée auprès de plus de 4,3 millions de membres, confirme l’association entre espaces verts et moindre recours aux soins de santé mentale. Mais elle met aussi en évidence un paradoxe : chez les personnes en situation de précarité financière, cet effet protecteur disparaît, voire s’inverse.

La Rédaction - 2 juillet 2026

La verdure n’est pas seulement un agrément paysager ou un outil de lutte contre les îlots de chaleur. Elle apparaît aussi comme un déterminant de santé mentale. C’est l’un des enseignements d’une étude de grande ampleur menée par le service d’études de la Mutualité chrétienne, en collaboration avec des chercheurs de l’Open Universiteit.

Les chercheurs ont croisé les données de facturation liées aux soins de santé mentale de plus de 4,3 millions de membres de la MC avec la proportion d’espaces verts - arbres, prairies et surfaces végétalisées - dans leur secteur statistique de résidence.

building végétalisé

Moins de soins psychologiques dans les quartiers plus verts

Le résultat général est net : plus un quartier est vert, moins ses habitants recourent proportionnellement aux soins de santé mentale. Selon l’étude, une hausse de 20 % de la superficie d’espaces verts est associée à une diminution relative de 3,73 % du recours aux soins psychologiques de première ligne. Le recours aux soins psychiatriques baisse également de 3,34 %, tandis que l’aide psychiatrique d’urgence recule de 2,57 %.

À l’échelle individuelle, ces différences peuvent sembler limitées. Mais, rapportées à une population de plusieurs millions de personnes, elles deviennent significatives. Pour la Mutualité chrétienne, ces données confirment que les espaces verts ne relèvent pas du confort ou du luxe urbain, mais bien d’une politique de prévention.

« La santé ne se résume pas aux soins médicaux ; notre cadre de vie joue également un rôle déterminant », souligne Elise Derroitte, vice-présidente de la Mutualité chrétienne. La MC plaide dès lors pour que les politiques de santé intègrent davantage l’aménagement du territoire, la végétalisation des villes et l’accès à des espaces verts de qualité.

Le paradoxe de la précarité

L’étude introduit toutefois une nuance importante. Chez les bénéficiaires de l’intervention majorée - soit environ 16 % des membres étudiés, un indicateur de vulnérabilité financière -, l’association observée est différente. Dans ce groupe, une augmentation des espaces verts est associée à une hausse du recours aux soins de santé mentale, notamment aux soins psychologiques de première ligne, en progression de 6,40 %.

Ce résultat ne signifie pas nécessairement que les espaces verts seraient défavorables aux personnes précarisées. Il pourrait au contraire traduire un meilleur accès aux soins dans des quartiers où la cohésion sociale est plus forte ou où les habitants sont davantage orientés vers les services disponibles. Mais il rappelle aussi que la verdure ne suffit pas à compenser les déterminants sociaux lourds : revenus, logement, isolement, qualité de l’environnement urbain ou exposition à d’autres formes de stress.

Pour la MC, ce constat plaide pour l’« universalisme proportionné » : améliorer le cadre de vie de tous, tout en investissant davantage là où les besoins sont les plus importants.

Végétaliser sans exclure

La Mutualité chrétienne appelle les pouvoirs publics, du niveau local au niveau fédéral, à mener une politique d’aménagement du territoire favorable à la santé. Elle recommande notamment de désimperméabiliser les sols, de renforcer la végétalisation des villes, des axes routiers et des zones exposées à la pollution, mais aussi de reconvertir les friches urbaines en espaces verts accessibles, jardins partagés ou jardins thérapeutiques.

La MC insiste toutefois sur un point sensible : la végétalisation ne doit pas devenir un accélérateur de gentrification. Sans mesures sociales, l’amélioration du cadre de vie peut entraîner une hausse des loyers et repousser les habitants les plus fragiles hors des quartiers rénovés.

« Nous devons veiller à ce que les investissements dans les espaces verts bénéficient à l’ensemble de la population, et pas uniquement à celles et ceux qui sont déjà les mieux lotis », insiste Elise Derroitte.

L’étude ouvre donc une double piste. Oui, les quartiers verts semblent associés à une meilleure santé mentale collective. Mais pour que cette promesse bénéficie à tous, la verdure doit être pensée avec l’accès aux soins, le logement, la justice sociale et la lutte contre les inégalités. Comme le résume Elise Derroitte : « Un environnement sain est un droit fondamental, pas un privilège. »

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