Polyarthrite rhumatoïde réfractaire : quand les cellules CAR-T s’invitent dans le débat
CONGRÈS EULAR L’étude COMPARE [1] est la toute première étude à évaluer un traitement par cellules CAR-T chez des patients avec une polyarthrite rhumatoïde active réfractaire ACPA positifs. Le résultat est une diminution de l’activité de la maladie sur base du DAS28-CRP, et une rémission soutenue chez la moitié des patients en l’absence de traitement immunosuppresseur dans un contexte de bonne tolérance. Nonobstant la difficulté de mise en œuvre, c’est une stratégie à considérer chez les patients qui ont épuisé toutes les autres options.
Les traitements actuels de la polyarthrite rhumatoïde (PR) reposent sur une immunosuppression prolongée plutôt que sur la restauration de la tolérance immunitaire, et la rémission sans traitement reste rare.
Récemment, la stratégie des cellules CAR-T a été proposée [2] avec l’idée que le ciblage du récepteur CD19 soit efficace, même si la technique est difficile à mettre en œuvre. La PR n’est d’ailleurs pas la seule maladie rhumatismale ciblée, la sclérose systémique réfractaire fait aussi l’objet d’une première expérience [3] de cellules CAR-T à double cible CD19/BCMA.
Dans sa présentation, le Dr F. Albach a montré les premiers résultats obtenus avec le mivocabtagene autoleucel (miv-cel), dans l’étude COMPARE chez six patients avec une PR active ACPA positifs, réfractaire aux traitements conventionnels.
Une stratégie bien tolérée
Dans cette étude prospective de phase I/II, les six patients (âge médian : 51,5 ans) avaient une PR d’une durée comprise entre quatre et 23 ans. Le DAS28-CRP médian à l’inclusion était de 5,5 (4,1-6,2). Ils ont reçu une injection unique de miv-cel, suivie d’une lymphodéplétion par fludarabine et cyclophosphamide. Les traitements de fond (nombre médian de thérapies ciblées : 6,5) avaient été préalablement arrêtés.
Le critère principal est l’incidence et la sévérité du syndrome de relargage cytokinique (SRC). Un pic des cellules CAR-T est obtenu en trois semaines (taux médian de 227,7 cellules/µL). Avec un suivi médian de 24 semaines, la tolérance est considérée comme bonne avec un CRS de grade 1 chez quatre patients, et de grade 2 chez deux patients sans ICAN (Immune effector Cell-Associated Neurotoxicity syndrome).
Un patient sur deux en rémission
Sur le plan de l’activité de la maladie, on observe une réduction médiane de 41% du score DAS28-CRP, et des réponses ACR20, ACR50 et ACR70 chez cinq, quatre et deux patients sur six. La moitié des patients sont en rémission.
Ces données préliminaires confirment la faisabilité chez ces patients, avec une qualité de vie retrouvée.
Une diminution marquée des auto-anticorps est constatée (réduction médiane > 90 %). Le titre en ACPA a rapidement diminué avec une séroconversion durable chez quatre patients, de même que le titre en facteur rhumatoïde IgM chez cinq patients. Un patient a nécessité une reprise de la corticothérapie pour une poussée modérée à l’arrêt du traitement.
La repopulation lymphocytaire B n'a entraîné ni réapparition de lymphocytes B mémoire ACPA+, ni augmentation du taux d'auto-anticorps ni recrudescence de l'activité de la maladie.

D’une PR réfractaire à une PR en rémission
C’est ce qu’ont vécu la moitié des patients de cette étude qui se voyaient en impasse thérapeutique. L'ampleur de la déplétion des lymphocytes B, la réduction des auto-anticorps et les signes de rémission précoce sans immunosuppresseurs soutiennent l'hypothèse d'une réinitialisation immunologique sans effets secondaires majeurs.
Ces données préliminaires confirment la faisabilité chez ces patients avec, au bout de la procédure, une qualité de vie retrouvée.
Références
1. Albach F, et al. EULAR 2026;#OP008
2. Lidar M, et al. Ann Rheum Dis 2025;84(2):370-372. doi:10.1136/ard-2024-226437.
3. Albach FN, et al. EULAR Rheumatology Open 2025;64(6):4075-4077. doi:10.1093/rheumatology/keaf077