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Les points forts de l’EULAR

RHUMATOLOGIE Londres accueillait cette année le congrès de l’EULAR, qui reste plus que jamais la grand-messe de la rhumatologie avec près de 15.000 participants et 1.800 présentations. Qu'en retenir ? Le journal du Médecin a demandé au Pr Patrick Durez, chef du service de rhumatologie des Cliniques universitaires Saint-Luc, de présenter quelques 'highlights' qui ont retenu son attention.

Dr Claude Biéva - 18 août 2026

Congrès EULAR 2026L'édition 2026 aura été marquée par la reconnaissance de la place de l’intelligence artificielle, désormais intégrée dans les recommandations sur le diagnostic et le suivi des patients avec des maladies rhumatismales et musculo-squelettiques. Sa place est dans l’imagerie, la décision thérapeutique ou encore la télésurveillance.

Comment réagit un clinicien de terrain expérimenté ? « Nous avons eu énormément de présentations sur l’IA, sur le fait qu’elle va révolutionner l'approche au niveau des décisions cliniques mais aussi de la recherche, avec cette possibilité de mieux définir les caractéristiques des malades et des maladies », entame le Pr Durez. « Mais les données sur lesquelles l’IA se base doivent être validées, et idéalement testées sur un patient 'normal', en sachant qu'un patient normal n'existe pas car nous avons tous notre date de naissance et évolution physiologique. Tout ce qui est paramètres articulaires, imageries et autres mesures doit être d'abord bien évalué en termes d'évolution naturelle et de phénomènes d'usure mécanique. Un exemple est l'inflammation vue à l'imagerie qui doit être interprétée selon que vous avez 30 ans ou 60 ans. »

Quel est le futur ? « Tout va aller très vite, il sera difficile ne pas être noyé. L’IA est un outil extrêmement performant, très intéressant, mais je crains que le management par l'homme ne devienne de plus en plus difficile. »

Face à face insolite

Les études comparatives entre deux biothérapies sont trop rares pour ne pas s’y arrêter. En l’occurrence, l’étude de phase III s’appelle BE-BOLD, la maladie est l’arthrite psoriasique et les biologiques sont un inhibiteur bispécifique de l’interleukine 17 A/F, le bimékizumab (BKZ), comparé à un inhibiteur de l’IL-23, le risankizumab (RZB).

Qu'en penser ? « C'est toujours intéressant de comparer des molécules pas tout à fait équivalentes en termes de mécanisme d'action. On s’aperçoit qu’une molécule peut avoir une certaine supériorité au niveau des paramètres de réponse sans que cela ne soit significatif. Sur le design de l’étude, aujourd’hui, on est dans l'obligation de comparer toute nouvelle biothérapie au biologique de référence, sauf que dans la PsA, ce n’est pas encore très clair à l’inverse de la polyarthrite rhumatoïde où c’est l’adalimumab. » Les résultats vont-ils changer la pratique quotidienne ? « Ce n’est qu’une seule étude qui permet peut-être d’identifier les patients les plus répondeurs à chaque molécule, mais ce n'est jamais qu’une évaluation globale, pas une évaluation individuelle. »

Thérapies innovantes

Les cellules CAR-T et les anticorps bispécifiques arrivent en rhumatologie. Que faut-il en penser ? « Les premiers essais de cellules CAR-T apparaissent dans la polyarthrite rhumatoïde réfractaire, les myosites et la sclérodermie. C’est assez révolutionnaire, avec la possibilité de faire un 'reset' immunitaire qui laisse entrevoir pour la première fois une possibilité de rémission définitive. Le patient se retrouve sans symptômes ni auto-anticorps du fait qu'il n'y a plus de cellules lymphocytaires à mémoire qui peuvent réenclencher l'auto-immunité. Dans le lupus notamment, les résultats sont assez surprenants. La difficulté sera de confirmer ces résultats avec différents modèles de cellules CAR-T, d’obtenir une durée de réponse suffisamment longue et sans toxicité infectieuse ou oncologique. Après se posera la question de la sélection des patients et du financement des coûts inhérents à une procédure complexe. Pour les anticorps bispécifiques, nous profitons de l’expérience des onco-hématologues dans la leucémie, le myélome avec une approche moins coûteuse, plus facile à utiliser et aussi très intéressante si on peut les diriger contre les cellules B, avec aussi l’espoir de réinitialiser l’immunité. Le téclistamab et le blinatumomab sont prometteurs dans le lupus et la sclérodermie, il reste des écueils comme une durée de réponse trop courte ou des effets indésirables préoccupants. »

Agonistes de GLP-1

Cette classe s’immisce en rhumatologie, effet de mode ou réel intérêt ? « Ces aGLP-1 traitent le syndrome métabolique, problématique importante dans nombre d'affections rhumatismales. Leur utilisation est tentante, et même souhaitable dans des maladies comme l’arthrite psoriasique, l’arthrose et des maladies métaboliques microcristallines comme la goutte, en sachant que ce n’est pas un traitement de fond mais un effet indirect. Ils seront prescrits en complément d'un traitement anti-inflammatoire bien structuré, avec un impact positif sur la qualité de vie résultant de la perte de poids. L’étude TOGETHER-PsA a montré que l’ajout d’un double aGLP-1 à un anti-IL-17 dans l’arthrite psoriasique améliore significativement le contrôle de la maladie articulaire sur base des pourcentages de réponses ACR 50 / ACR 20 et la qualité de vie. Ce qui suggère, sous réserve de confirmation, un effet anti-inflammatoire qui s’ajoute à l’effet métabolique. »

Développement

Le défi futur sera d’aborder des sujets originaux, non encore inclus dans les grands essais. « Je pense aux biomarqueurs dans les biopsies rénales pour le lupus et les biopsies synoviales pour la polyarthrite rhumatoïde. À Saint-Luc, nous avons un programme d’analyse de ces biopsies et nous avons déjà pu déterminer que certains phénotypes fibroblastiques étaient liés à la polyarthrite rhumatoïde réfractaire. »

Peut-on parler de coups de cœur lors de cet EULAR ? « C’est un congrès dans la continuité de l’évolution de la spécialité, avec des avancées cliniques et fondamentales dans des domaines où nous sommes encore démunis. »

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