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Des outils pour communiquer avec les patients allophones

Vous êtes régulièrement confronté à des patients qui ne maîtrisent pas le français, et l’anglais ne permet pas toujours de franchir la barrière linguistique ? Aujourd'hui, de nombreux outils technologiques peuvent faciliter la communication avec les patients allophones. Leur utilisation requiert toutefois une certaine prudence, notamment lorsqu’il s’agit de terminologie médicale.

Michel van der Ven - 22 septembre 2026

arts patiënt consultatieTraduire un texte dans une autre langue en quelques secondes est désormais à la portée de tous. Applications et sites de traduction se sont largement démocratisés : Google Translate domine le marché, mais des alternatives comme DeepL ont également trouvé leur public. Sans oublier les outils d’intelligence artificielle tels que ChatGPT et Claude, eux aussi massivement utilisés comme interprètes numériques.

Pour les médecins, ces solutions peuvent certes se révéler très utiles, mais elles montrent rapidement leurs limites en consultation. Elles ne sont en effet pas spécifiquement conçues pour la terminologie médicale et, surtout, rien ne permet de vérifier avec certitude que la traduction fournie est parfaitement exacte.

Privilégier d'abord la langue vernaculaire

« Nous déconseillons de recourir d’emblée à des outils de traduction », explique la Pre Birgitte Schoenmakers, qui dirige le Centre académique de médecine générale de la KU Leuven. « Malgré la barrière de la langue, il est important de continuer à privilégier autant que possible la langue de la région où l'on pratique, au besoin en s’aidant de gestes. Le patient est ainsi davantage impliqué dans la consultation, ce qui contribue à instaurer une relation de confiance. »

Même lorsque le patient maîtrise mal le français mais comprend l’essentiel de la conversation, cette approche reste à privilégier, souligne Mme Schoenmakers. « En pratique, il n’est nécessaire de recourir à des outils d’aide que dans 20 à 25 % des cas. »

prof. Birgitte Schoenmakers

« Nous déconseillons de faire appel à un membre de la famille, à une connaissance ou à un enfant pour assurer l’interprétation. »
- Pre Birgitte Schoenmakers

Le recours à un interprète peut constituer une solution. Dans la pratique, ces professionnels ne sont toutefois pas toujours disponibles. Autre inconvénient : le patient ne s’adresse plus directement au médecin.

« Nous constatons aussi fréquemment qu’un membre de la famille, une connaissance, voire un enfant accompagne le patient pour faire office d’interprète », poursuit la spécialiste. « C’est une pratique que nous déconseillons vivement. La nature même de l’échange – le patient devant soudain évoquer ses antécédents médicaux et ses symptômes devant un proche – ou encore la crainte d’inquiéter la personne qui traduit sont autant de facteurs susceptibles de perturber le dialogue avec le médecin. Quant aux enfants, ils ne devraient en aucun cas avoir à porter le poids des problèmes de santé de leurs parents. »

Les limites des applis

Lorsque la barrière de la langue entrave la consultation, il reste toujours la technologie. Des applications comme Google Translate sont très populaires, y compris auprès des médecins, mais la Pre Schoenmakers met en garde contre leurs limites : « Elles couvrent de nombreuses langues et donnent des résultats assez satisfaisants avec des phrases courtes. En revanche, impossible d’y saisir de longs textes : il faut rester concis et veiller soigneusement à la ponctuation, ce qui finit par prendre pas mal de temps. »

« Ces applications ne permettent pas non plus au patient de raconter véritablement ce qu’il ressent, alors que c’est précisément ce que le médecin cherche à entendre : racontez-moi ce qui vous arrive exactement… Ce type de récit est plus difficile à traduire avec ces outils. Autre difficulté : le patient doit souvent être capable de lire. La lecture à voix haute de la traduction n’est en effet pas toujours possible, car tous les ordinateurs de bureau ne sont pas équipés de haut-parleurs. »

Médicalement correct

Pour éviter tout malentendu, notamment lorsque les patients utilisent leurs propres mots pour décrire des symptômes, il peut être intéressant de se tourner vers une solution de traduction plus spécialisée, comme Care to Translate, une appli qui propose des traductions validées sur le plan médical dans plus de 130 langues. Concrètement, si un patient dit qu’il a « chaud » alors qu’il veut en réalité dire qu’il a de la « fièvre », l'appli intègre cette nuance dans la traduction. Si la description du symptôme figure dans sa base de données, la mention « Verified translation » s’affiche : le médecin sait alors que la traduction a été validée sur le plan médical.

L'outil (à partir de 21,99 euros par mois) propose également de nombreuses questions prédéfinies pour différents contextes, comme les soins aux personnes âgées, les médicaments ou encore la situation sociale. Le patient peut répondre en sélectionnant l’une des réponses proposées ou en dictant sa réponse. 

Les applications de traduction spécialisées ne conservent pas les données des patients. Une obligation dictée par le RGPD, mais aussi un argument de poids pour gagner leur confiance. « Nous constatons que de nombreuses personnes, notamment celles qui viennent de régimes dictatoriaux, se méfient de ce type d’applications. Elles ont peur que leurs propos soient enregistrés et qu’elles perdent ensuite tout contrôle sur leur utilisation », explique encore la Pre Schoenmakers. Selon elle, cette méfiance s’est toutefois atténuée ces dernières années avec l’arrivée des réfugiés ukrainiens, qui a considérablement accéléré l’usage des applications de traduction dans la pratique.

Traduire passe aussi par...

Les technologies de traduction ont fait des progrès spectaculaires, ces dernières années. Les trois outils présentés ci-dessous ne prétendent pas garantir des traductions médicalement fiables, mais donnent un bon aperçu de ce que la technologie permet déjà aujourd’hui.

vertaalapp split screenPlusieurs smartphones intègrent désormais une application de traduction avec affichage en écran partagé, dont une moitié pivote à 180 degrés: il suffit de poser le téléphone entre vous et votre interlocuteur pour que chacun puisse suivre en direct, dans sa propre langue, ce qui se dit.

Vasco Translator Q1

Le Vasco Translator Q1 (549 euros) traduit les conversations, mais aussi les textes grâce à sa caméra arrière. Sa fonction Call Translator et sa carte SIM intégrée permettent également de traduire les appels téléphoniques en temps réel. Mais sa fonctionnalité la plus spectaculaire reste sans doute le clonage vocal : l’appareil permet de s’exprimer dans 54 langues avec sa propre voix.

Timekettle W4 Pro

Le Timekettle W4 Pro (449 euros) est un dispositif de traduction particulièrement ingénieux: il suffit que vous et votre interlocuteur portiez chacun un écouteur pour converser normalement dans votre propre langue. Chaque phrase est traduite instantanément. Associé à un logiciel dédié, l'outil permet également de téléphoner ou de participer à des réunions en ligne avec des personnes parlant une autre langue.

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