« Le salami n’est pas responsable des accidents de la route ni des violences intrafamiliales »
Débat houleux sur l’avertissement sanitaire relatif à l’alcool
Un seul mot dans un avertissement sanitaire a déclenché un déluge de discussions au sein de la commission de la Santé de la Chambre. Le remplacement prévu de « L’abus d’alcool nuit à la santé » par « L’alcool nuit à la santé » a suscité un débat animé, où il a été question de la culture brassicole belge, du salami et même des habitudes alimentaires du ministre Frank Vandenbroucke.
La lettre ouverte des brasseurs belges contre le nouvel avertissement sanitaire était à l’origine de ce débat d’actualité. Fait notable : Axel Ronse (N-VA) et Benoît Piedboeuf (MR), deux chefs de groupe de la majorité gouvernementale, l’ont également signée. Barbara Pas (Vlaams Belang) s’est demandé si la N-VA jouait à nouveau « sur les deux tableaux pour satisfaire tous ses électorats ».

Kjell Vander Elst (Anders.) a défendu la culture brassicole et la liberté de boire une bière sans culpabiliser. « Nous aimons savourer une bière ou un verre de vin, nous sommes des bons vivants », a-t-il affirmé. Selon lui, la bière est bonne tant pour l’économie que pour le moral. Quant aux excès, il en a parlé d’expérience : « Dans ce cas, on ne se réveille pas de bonne humeur le matin. »
Pour Vander Elst, Vandenbroucke va beaucoup trop loin avec cet avertissement. « Vous voulez le risque zéro. Mais si nous le recherchons en permanence, plus rien ne sera bientôt permis dans notre société. »
Et le salami ?
Vincent Van Quickenborne (Anders.), qui ne siège pourtant pas à la commission de la Santé, s’était spécialement déplacé pour ce débat. Il a étendu le raisonnement à d’autres aliments, rappelant que les produits transformés sont eux aussi reconnus comme nocifs. « Allez-vous bientôt obliger tous les bouchers du pays à afficher dans leurs rayons que le salami nuit à la santé ? »
Jean-François Gatelier (Les Engagés), lui-même médecin, n’a pas trouvé cela drôle. « Le salami n’est pas la deuxième cause de mortalité évitable dans ce pays, contrairement à l’alcool. Le salami n’est pas responsable d’accidents de la route, de violences conjugales ou de féminicides. Je ne pense pas que nous lirons demain que quelqu’un a tué son épouse parce qu’il avait mangé du salami. »

Gatelier a par ailleurs trouvé étrange que certains libéraux veuillent, d’un côté, réaliser des économies dans le domaine des soins de santé et, de l’autre, s’opposent à la prévention. « Les boissons alcoolisées coûtent trois fois plus à l’État qu’elles ne lui rapportent », a-t-il affirmé.
Jeroen Van Lysebettens (Ecolo-Groen) a lui aussi défendu les fondements scientifiques de l’avertissement. Il a cité des études récentes montrant que, pour plusieurs types de cancers, il n’existe aucune dose d’alcool sans risque. « Aucune. Zéro. » Il a toutefois regretté que le débat se résume entièrement à un slogan, alors que le plan alcool comprend bien d’autres mesures.
Le ministre n’apprécie guère les critiques à l’encontre des experts
Vandenbroucke n’a pas cédé. « Il existe un accord de gouvernement. Il a été conclu en toute connaissance de cause, de manière parfaitement délibérée. » Selon le ministre, les données scientifiques montrent qu’aucun niveau de consommation d’alcool n’est exempt d’une augmentation du risque pour la santé. « Cela ne signifie pas que les gens ne peuvent pas consommer d’alcool. Nous faisons tous des choses qui ne sont pas très bonnes pour la santé. Il est simplement important que les gens soient bien informés. »
Il s’est montré moins diplomate à l’égard du professeur Patrick Mullie, qui avait critiqué dans la presse la composition du groupe de travail du Conseil supérieur de la santé. « Het Laatste Nieuws a donc trouvé une personne qui prétend que nous ne devons pas écouter un expert en addictologie qui travaille dans la prise en charge des addictions », a déclaré Vandenbroucke. « Je ne peux pas prendre cet homme au sérieux, je suis désolé. »
Ces propos ont immédiatement déclenché un nouveau débat : le ministre ne prend-il au sérieux que les scientifiques qui partagent son avis ? Barbara Pas et Vander Elst ont estimé que oui. « Non, c’est grotesque », a rétorqué Vandenbroucke.
Une pomme pour étancher la soif
Dans sa réplique, Vincent Van Quickenborne (Anders.) a raconté une anecdote à propos du ministre. Selon lui, Vandenbroucke aurait un jour offert une pomme à un collaborateur qui souhaitait aller boire un verre après une journée de travail fructueuse. « La moitié de la pomme est pour vous, l’autre moitié pour moi. C’est tout Frank Vandenbroucke », a lancé Van Quickenborne.
Sarah Schlitz (Ecolo-Groen) n’a guère apprécié le spectacle. « Faire d’un mot dans un slogan une question gouvernementale : le niveau est incroyablement bas », a-t-elle déclaré. Elle a reproché à certains parlementaires de se laisser instrumentaliser par l’industrie de l’alcool. « Les arguments antiscientifiques qui circulent sur ce sujet sont inacceptables. »
Elle a également rappelé aux députés de la N-VA que la ministre Anneleen Van Bossuyt, membre de leur parti, « veut contraindre les personnes dépendantes à l’alcool qui perçoivent une allocation à suivre un parcours de soins pour sortir de leur dépendance, sous peine de perdre leur allocation », alors que les services de prise en charge sont saturés. « Le comble de l’hypocrisie », selon Mme Schlitz.
La campagne des brasseurs porte ses fruits
Le ministre a finalement trouvé un aspect positif à la contestation des brasseurs. « Grâce à leur campagne, jamais autant d’experts n’ont expliqué dans les médias ce que dit le Conseil supérieur de la santé : il n’existe aucun niveau de consommation d’alcool sans risque de problèmes de santé. »
Jan Bertels (Vooruit) a lui aussi remercié les opposants à sa manière : « En présentant toute cette discussion de manière aussi caricaturale, vous avez fait en sorte que l’ensemble de la société sache désormais que l’alcool comporte des risques pour la santé. »
Vander Elst a déposé une nouvelle motion visant à empêcher la mise en place du slogan obligatoire. Elle sera soumise au vote ultérieurement.