Utilisation des cannabinoïdes et des psychédéliques dans le TOC
L’étiologie du trouble obsessionnel-compulsif (TOC) est complexe et largement attribuée à un déséquilibre de l’activité centrale de la sérotonine, de la dopamine et du glutamate. La prévalence au cours de la vie est estimée entre 0,3% et 2,4%. Compte tenu du caractère chronique de la maladie, une prise en charge au long cours est généralement nécessaire.

Pas de traitement de référence
Malgré les nombreux traitements pharmacologiques étudiés dans le TOC, aucun traitement de référence n’a été établi. Actuellement, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) et la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) constituent les traitements de première intention, parfois en association avec des antipsychotiques, des agonistes NMDA ou des agents glutamatergiques.
Ces traitements sont toutefois souvent associés à des effets indésirables, et 40 à 60% des patients présentent une résistance au traitement. Il existe donc un besoin de nouvelles options thérapeutiques, ce qui explique l’intérêt croissant pour les cannabinoïdes et les psychédéliques.
Cannabinoïdes
Le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD), deux des principaux cannabinoïdes présents dans le cannabis, se lient principalement aux récepteurs CB1 et activent le système endocannabinoïde (SEC), qui jouerait un rôle dans l’anxiété, la peur et les comportements répétitifs ou compulsifs. Plusieurs régions cérébrales dont on pense qu’elles sont impliquées dans le TOC, telles que le cortex préfrontal, les ganglions de la base, l’hippocampe et l’amygdale, présentent une forte densité de récepteurs CB1. Ces récepteurs modulent également la transmission GABAergique et glutamatergique, deux systèmes également suspectés d’être impliqués dans la physiopathologie du TOC.
Psychédéliques
Après une longue période de désintérêt, les psychédéliques suscitent à nouveau un intérêt en raison de leur potentiel à moduler les circuits neuronaux impliqués dans les comportements compulsifs, la régulation de l’anxiété et le traitement des émotions. Des composés psychédéliques tels que la psilocybine, le diéthylamide de l’acide lysergique (LSD), la N,N-diméthyltryptamine (N,N-DMT) et la méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA) ont montré une certaine efficacité dans d’autres troubles psychiatriques, notamment les troubles liés à l’usage d’alcool ou de substances, les troubles dépressifs et le trouble de stress post-traumatique.
Données probantes
Les données en faveur de l’utilisation des cannabinoïdes dans le traitement du TOC restent limitées à un petit nombre d’études et de rapports de cas. Les études observationnelles rapportent généralement des effets positifs, mais la seule étude randomisée contrôlée par placebo, de petite taille, a montré des résultats négatifs.
Bien que la psilocybine semble présenter un potentiel dans le traitement du TOC, avec une réduction des symptômes obsessionnels-compulsifs, les données disponibles présentent plusieurs limites: les études sont de petite taille, les groupes témoins appropriés font souvent défaut et la durée de suivi reste courte.
Conclusion
Les données actuelles ne soutiennent pas l’utilisation des cannabinoïdes dans le traitement du TOC. Des études méthodologiquement rigoureuses restent toutefois nécessaires afin d’apporter des réponses plus solides.
Compte tenu des limites méthodologiques des études disponibles, les psychédéliques ne peuvent pas non plus être recommandés actuellement dans le traitement du TOC. La psilocybine apparaît néanmoins comme une piste thérapeutique potentielle, en particulier dans les formes résistantes au traitement, et mérite d’être évaluée dans de grandes études randomisées contrôlées par placebo.
Référence
Van Ameringen M, Patel V, Patterson B, Hopkinson P, Rahat M. New treatments for OCD? Evidence for cannabinoids and psychedelics. J Psychiatr Res. 2026;193:172-178. doi:10.1016/j.jpsychires.2025.11.021