Assises de l’e-santé
Pas d'IA sans accord du patient
Les 8e Assises de l’e-santé organisées le 21 mai dernier ont fait le plein en province de Luxembourg. Les orateurs ont discouru de la pratique réglementaire encadrant l’IA en médecine, du rôle de l’AVIQ, de la réduction des charges administratives et de l’application AIDEWA® pour prévenir les calculs rénaux au plus près du patient.

Ont ouvert le bal : la Dre Tatiana Revenco, experte en protection des données dans le secteur de la santé et des sciences de la vie, fondatrice Medical Data Hub, enseignante à l’Institute for interdisciplinary Innovation for health ULB ainsi que Me Matteo Capriulo, directeur de l’AMUB (Association des médecins anciens étudiants de l’ULB) et avocat au barreau de Bruxelles. Ils ont précisé les limites strictes de l’usage de l’IA en médecine.
Les deux orateurs ont rappelé que si l’intelligence artificielle est déjà présente dans la pratique médicale (radiologie, comptes rendus automatisés, résumés de dossiers, dépistage, aide au triage ou outils de suivi des patients), cela doit rester un outil d’assistance. « L’IA ne remplace ni le médecin, ni le jugement clinique, ni la responsabilité humaine », précise la Dre Revenco.
Paradoxe de l’IA
Tatiana Revenco a d’ailleurs insisté sur le paradoxe actuel de l’IA : elle peut traiter d’immenses volumes de données, mais reste fragile lorsqu’il s’agit de contextualiser une situation individuelle. « Elle peut repérer des signaux dans une image ou un dossier, mais ne comprend pas réellement l’histoire du patient, son environnement, ses facteurs sociaux ou ses particularités cliniques. »
Les outils d’IA utilisés en santé relevant généralement des systèmes à haut risque, ils impliquent des obligations strictes : transparence envers le patient, consentement, supervision humaine, gouvernance des données, traçabilité, formation des professionnels et documentation des décisions.
Formation continue
Me Matteo Capriulo a présenté les étapes concrètes d’une utilisation IA conforme : cartographier les outils utilisés, qualifier leur niveau de risque, organiser une gouvernance interne des données et former les équipes. La formation continue est, selon lui, la clé de voûte du dispositif.
Le médecin doit avoir certains réflexes : le compte rendu généré par une IA doit toujours être relu et validé par un professionnel. « En cas d’erreur non détectée, la responsabilité du médecin peut être engagée sur les plans civil, déontologique, administratif, voire pénal. »
Plusieurs pièges sont à éviter comme l’utilisation de ChatGPT, Gemini ou Claude avec des données patients identifiables ou omettre d’informer le patient que le médecin travaille avec l’IA. Ce dernier point fait évidemment partie intrinsèque des droits du patient. « Celui-ci doit savoir si une IA intervient dans sa prise en charge, comprendre son rôle, connaître le sort réservé à ses données et pouvoir refuser son usage sans être moins bien soigné. »
D'autres compte-rendus sur les Assises de l'e-santé sont à retrouver sur notre site web : https://lejournaldumedecin.pmg.be/fr/