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Pre Nele Van Den Noortgate: « Le profil des patients gériatriques s'élargit »

La gériatrie fait face à plusieurs défis majeurs. Avec le vieillissement de la population, le nombre de patients âgés augmente, et leurs besoins en soins se complexifient. Parallèlement, le rôle du gériatre évolue : autrefois principalement centré sur les soins spécialisés en milieu hospitalier, il s’inscrit désormais davantage dans une prise en charge coordonnée à travers l’ensemble du parcours de soins.

Un entretien de Floris Cup - 22 septembre 2026

nele van de noortgate
« Nous souhaitons mettre notre expertise de gériatres au service de la première ligne », souligne la Pre Nele Van Den Noortgate. « Certaines hospitalisations pourraient sans doute être évitées grâce à une intervention plus précoce. »

Face au vieillissement de la population, la prise en charge des personnes âgées vulnérables est en pleine évolution. La Pre Nele Van Den Noortgate, cheffe du service de gériatrie à l’UZ Gent et présidente de la Société belge de gérontologie et de gériatrie (SBGG), revient, pour Le journal du Médecin, sur les défis de la discipline et sur la nécessité de renforcer la prévention et les soins intégrés.

Le journal du Médecin: Le vieillissement de la population place plus que jamais la gériatrie au premier plan. Quelle est l’évolution la plus marquante de la spécialité aujourd’hui ?

Pre Nele Van Den Noortgate: Le changement le plus notable concerne le profil des patients, qui s’est considérablement diversifié. Ils sont de plus en plus âgés et présentent souvent des situations cliniques plus complexes, nécessitant une prise en charge plus lourde. Parallèlement, nous accueillons des personnes âgées qui sont restées relativement en bonne santé pendant de nombreuses années, mais qui, en avançant en âge, deviennent progressivement plus vulnérables et développent des problèmes tels que des chutes ou des troubles cognitifs, parfois accompagnés de troubles du comportement. Ces deux profils représentent aujourd’hui une part importante des patients pris en charge dans les services de gériatrie.

Nous constatons également que la durée moyenne d’hospitalisation s’est raccourcie, mais que les patients sont plus souvent réhospitalisés. Par rapport à la situation d’il y a 30 ans, l’évolution est frappante. À l’époque, un patient n’était généralement hospitalisé dans notre service qu’une fois, tout au plus deux. Aujourd’hui, certains patients y reviennent régulièrement.

Quel est l’impact du vieillissement de la population sur le fonctionnement d’un service de gériatrie ?

Avec le vieillissement de la population, un nombre croissant de patients présentent un profil gériatrique, comme en témoigne l’augmentation des admissions dans notre service. Faute de lits disponibles, certains de nos patients sont par ailleurs régulièrement hospitalisés dans d’autres unités de l’hôpital. Les équipes gériatriques sont dès lors de plus en plus sollicitées pour apporter leur expertise aux équipes de ces unités. La prise en charge conjointe des patients gériatriques hospitalisés en dehors de l’unité de gériatrie occupe ainsi une place de plus en plus importante dans notre activité.

À cela s’ajoute le fait que le raccourcissement des durées de séjour, associé à des réhospitalisations fréquentes, multiplie les admissions et les sorties. Cette évolution entraîne une charge de travail nettement plus importante pour les soignants, notamment sur le plan administratif. Nous constatons dès lors qu’il faudrait en réalité renforcer les effectifs par lit afin de pouvoir continuer à garantir des soins de qualité.

Quels sont aujourd’hui les principaux enjeux en gériatrie, et comment voyez-vous évoluer le rôle du gériatre dans ce contexte ?

L’une des grandes questions qui se posent aujourd’hui est celle de la pertinence des soins. Quels traitements ont encore du sens pour un patient ? Quand un traitement lui apporte-t-il encore un réel bénéfice et à partir de quand la prise en charge devient-elle trop lourde ? Avec l’élargissement constant de l’arsenal thérapeutique, nous sommes confrontés quotidiennement à ce type de dilemmes. Ce sont des questions auxquelles nous devons sans cesse répondre avec les patients et leur famille.

Dans ce contexte, j’ai le sentiment que les décideurs voient de plus en plus le gériatre comme un expert à même d’évaluer la pertinence des soins. Pour certaines interventions, comme le TAVI, ou certains traitements cardiologiques spécifiques, notamment dans l’amylose cardiaque, les gériatres sont déjà plus souvent associés à la décision afin d’évaluer si le traitement envisagé constitue réellement le choix le plus approprié pour le patient, compte tenu de sa qualité de vie.

« Nous devons réfléchir à la manière de renforcer davantage la prévention chez les personnes âgées. »

Comment repérer plus précocement la fragilité chez les personnes âgées et leur proposer un accompagnement plus ciblé ?

L’Organisation mondiale de la Santé a développé dans cette optique le programme ICOPE, qui permet de dépister précocement les signes de fragilité chez les personnes âgées. Mais le dépistage ne suffit évidemment pas : il doit être suivi d’interventions ciblées, qu’il s’agisse de prévention des chutes, de conseils nutritionnels, de vaccination ou encore de mesures visant à préserver la mobilité et la force musculaire. L’expertise existe déjà ; tout l’enjeu consiste aujourd’hui à mieux structurer cette offre et à la rendre accessible aux personnes âgées qui en ont besoin.

C’est pourquoi nous souhaitons mettre notre expertise de gériatres au service de la première ligne. Avec les médecins généralistes et les autres professionnels de santé, l’objectif est de mieux identifier les patients susceptibles de bénéficier d’un parcours gériatrique et d’organiser au mieux cette collaboration. Certaines hospitalisations pourraient sans doute être évitées grâce à une intervention plus précoce. Chez les personnes présentant un déclin cognitif débutant, par exemple, le séjour à l’hôpital révèle souvent des difficultés installées à domicile depuis un certain temps, mais qui ne deviennent manifestes qu’à la suite d’une chute ou d’un autre événement aigu.

Si vous vous projetez à dix ans, quelle sera la principale évolution en gériatrie ?

Je pense que la prévention sera au cœur des évolutions à venir. Nous devons réfléchir à la manière de mieux développer les soins préventifs chez les personnes âgées afin qu’elles puissent rester plus longtemps à domicile tout en bénéficiant de l’accompagnement dont elles ont besoin.

Une autre évolution qui prendra de l’importance dans les années à venir est la diversité culturelle croissante parmi les personnes âgées. Selon les cultures, le regard porté sur la maladie, les traitements ou la fin de vie peut différer, tout comme les attentes à l’égard de ce que la médecine peut ou doit proposer. Or, si nous disposons aujourd’hui d’un éventail toujours plus large de traitements, tous ne sont pas nécessairement pertinents pour chaque patient. En tant que soignants, nous serons donc de plus en plus amenés à discuter de ce qui constitue, pour chacun, une prise en charge appropriée. Un dialogue qui ne sera pas toujours facile.

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