Vaccin HPV : non-infériorité d’une dose à 5 ans
La possibilité d’un schéma vaccinal contre le HPV à dose unique est explorée. Un essai randomisé récent a évalué la non-infériorité d’une dose par rapport au schéma standard à deux doses chez les adolescentes, relançant la question d’un schéma simplifié.
La vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) constitue un pilier majeur de la prévention du cancer du col utérin, dont 77 % des cas sont attribuables aux types 16 et 18. Malgré son efficacité, la couverture vaccinale reste insuffisante à l’échelle mondiale, avec seulement 27 % des adolescentes vaccinées. En Belgique, la couverture vaccinale des filles de moins de 15 ans atteignait 69,3 % en 2024, restant inférieure à l’objectif de 90 % fixé par l’OMS¹. Des données antérieures suggéraient qu’une dose pourrait conférer une protection comparable à deux doses, sans confirmation par des essais randomisés.
Une non-infériorité démontrée à 5 ans
Un essai randomisé et contrôlé a évalué la non-infériorité d’un schéma vaccinal à une dose par rapport au schéma standard à deux doses chez des adolescentes âgées de 12 à 16 ans. Plus de 20 000 adolescentes ont été incluses et réparties en quatre groupes (vaccin bivalent ou nonavalent, une ou deux doses). Le critère principal d’évaluation était la survenue d’une infection à HPV16 ou HPV18 entre le 12e et le 60e mois, persistante au moins 6 mois.
Pour ce critère, une dose était non inférieure à deux doses pour la prévention des infections persistantes à HPV16/18, avec une efficacité vaccinale élevée et comparable entre les groupes : 98,2 % avec une dose versus 97,8 % avec deux doses pour le vaccin bivalent, et 97,0 % avec une dose versus 98,5 % avec deux doses pour le vaccin nonavalent. Une non-infériorité a également été observée avec le vaccin nonavalent pour les infections liées aux autres types oncogènes inclus, avec une efficacité de 94,5 % avec une dose et 95,8 % avec deux doses. Après 5 ans de suivi, la protection apparaissait maintenue.
Des bases immunologiques solides, mais des données encore limitées
Ces résultats s’expliquent par la forte immunogénicité des vaccins HPV, basés sur des particules pseudo-virales induisant une réponse humorale robuste. Ils permettent la production d’anticorps neutralisants élevés et durables, y compris après une seule injection. Le HPV étant particulièrement sensible à l’inhibition par les anticorps, cette réponse assure une protection élevée chez la majorité des sujets vaccinés. Les vaccins induisent également des plasmocytes à longue durée de vie, capables de maintenir la production d’anticorps sans nouvelle exposition, ce qui pourrait expliquer la persistance de la protection après une dose unique. Aucun signal de sécurité particulier n’a été identifié, avec un profil de tolérance conforme aux données établies.
Si ces résultats soutiennent l’hypothèse d’un schéma simplifié, plusieurs incertitudes persistent. La durée de protection au-delà de 5 ans reste à préciser, tout comme l’efficacité en conditions réelles. L’impact sur les lésions précancéreuses ou le cancer ne peut pas être directement évalué. Ces données apportent néanmoins des éléments importants pour l’évaluation de stratégies vaccinales simplifiées.
Références :
1. Performance du système de santé belge : rapport 2024. Bruxelles: Sciensano; 2024. Disponible sur: https://www.belgiqueenbonnesante.be/metadata/hspa/2024/HSPA2024_Prevention_FR.pdf
2. Kreimer AR, Herrero R, Sampson JN, et al. Efficacy of a Single Dose of HPV Vaccine in Young Women. N Engl J Med. 2025;393:2421-2433. doi:10.1056/NEJMoa2506765