Fasciite à éosinophiles : une toxicité rare des ICI
Les inhibiteurs de checkpoints immunitaires peuvent provoquer des toxicités cutanées rares, parfois difficiles à reconnaître. Une étude internationale publiée en 2026 dans le Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology précise le profil clinique, diagnostique et thérapeutique de la fasciite à éosinophiles associée à ces traitements.
La fasciite à éosinophiles est une affection fibrosante rare pouvant entraîner une limitation fonctionnelle importante. Sous inhibiteur de checkpoint immunitaire (ICI), elle peut être assez sévère pour conduire à interrompre le traitement, au risque de compromettre le contrôle oncologique.
Cette étude observationnelle rétrospective a regroupé 121 cas issus de centres affiliés à l’EADV, de bases de pharmacovigilance et de la littérature. Les anti-PD-1 étaient impliqués dans 81 % des cas. Le délai médian d’apparition était de dix mois (extrêmes : < un mois à trois ans).
Une présentation clinique parfois trompeuse
La fasciite à éosinophiles associe classiquement œdème symétrique douloureux, érythème puis induration progressive des extrémités, généralement sans phénomène de Raynaud. L’éosinophilie, fréquente, n’est pas indispensable au diagnostic, qui repose sur la clinique, l’exclusion d’une sclérodermie systémique et la confirmation par IRM et/ou biopsie profonde.
Sous ICI, l’atteinte était bilatérale dans 87 % des cas, surtout aux jambes (78 %) et aux bras (68 %). La peau d’orange et le signe du sillon n’étaient rapportés que chez 20 % et 26 % des patients. Une atteinte acrale, inhabituelle dans les formes classiques, concernait environ un tiers des cas. Une éosinophilie était retrouvée chez 66 %.
Une prise en charge encore peu codifiée
En l’absence d’essais randomisés, les données thérapeutiques restent limitées. Les corticoïdes systémiques constituent le traitement de première ligne, avec une dose de 1 mg/kg/j de prednisone ou équivalent fréquemment utilisée dans cette série. Le méthotrexate est le principal traitement d’épargne cortisonique en cas de corticodépendance ou de réponse insuffisante. D’autres immunosuppresseurs, dont le mycophénolate mofétil, peuvent être utilisés dans les formes réfractaires.
Les biothérapies restent exploratoires : tocilizumab et rituximab ont montré des résultats encourageants dans de petites séries de fasciite classique. Les traitements ciblant l’IL-5 constituent une autre piste, mais les données dans les formes induites par ICI restent extrêmement limitées.
La conduite à tenir vis-à-vis de l’ICI reste incertaine. Il était interrompu définitivement chez 74 % des patients et temporairement chez 9 %. Seuls sept patients l’ont poursuivi, avec aggravation de la fasciite chez un seul. Parmi les 63 patients ayant interrompu l’ICI, la fasciite a néanmoins progressé chez sept (11 %). Ces données observationnelles ne permettent pas de déterminer si l’ICI doit être systématiquement interrompu.
Références
1. Les ICI rapportés comprenaient notamment les anti-PD-1 (nivolumab, pembrolizumab, cemiplimab), les anti-PD-L1 (atezolizumab, avelumab, durvalumab) et l’anti-CTLA-4 ipilimumab.
2. Bruijn TVM, Gérard AO, Labat M, et al. Immune checkpoint inhibitor-induced eosinophilic fasciitis: a pharmacovigilance and EADV Task Force study. J Eur Acad Dermatol Venereol. doi:10.1111/jdv.70512.